Thursday, March 30, 2006

Mes erreurs.

Les stages semblent bien se passer, mais les jeunes découvrent ce que peut être un travail répétitif du genre scier du contre-plaqué à l'égoine pendant 3 heures. Ils trouvent ça un peu pénible mais tiennent bon. Celui qui est dans la grande menuiserie trouve qu'il y a une bonne ambiance, les gens sont sympas.
Un des jeunes menuisiers n'était pas venu à l'atelier depuis plus d'un mois pour une raison de plus en plus tirée par les cheveux. Hervé lui a un peu remis les idées en place, et le voici de retour. On dirait qu'il a oublié beaucoup de choses, de gestes. Lui qui était parmis les meilleurs a saccagé son travail. Je sent sa motivation fragile, ce n'est pas le moment de le décourager. Alors je lui ai fait installer un rack pour ranger le bois, percer le mur, boulonner etc, ce sont des choses qui lui plaisent bien. Puis j'ai fait pour lui ce que je ne fait jamais : réparer ses erreurs à sa place, et c'était tout un défi... la priorité du moment était qu'il termine cet exercice (la petite porte) et qu'il ne se décourage pas.
 
Je leur raconte souvent des épisodes de mon parcours. J'utilise mes erreurs et mes succès pour leur faire passer des messages. Je sais que ça les touche car parfois ils m'en reparlent. En l'occurence, face aux difficultés de certains, je leur ai raconté comme mes débuts dans le métier ont été difficiles, mes erreurs, mes découragements d'adolescents et de jeune adulte, puis mes succès.
 
Tenez, puisqu'on parle de mes erreurs, en voici quelques unes :
 
- Je n'ai pas pris assez de temps au début pour parler et travailler avec les menuisiers. Ainsi, par exemple, j'ai pendant longtemps cru avoir compris leur manière de mesurer, ce qui était faux.
- Je me suis trompé en achetant les égoines. Je pensais qu'elles étaient semblables au modèle traditionnel, mais en mieux. En fait, elles sont pas mal différentes.
- J'ai eu beaucoup de soucis de vibrations sur la combinée. En fait, un chassis en bois supporte mal une vitesse de 3 750 trs/mn. Dès que ça travaille un peu, ça se transforme en vibrations. Et puis les jeunes sont étonnés lorsqu'ils arrivent en entreprise car à 1 700 trs/min, les sensations sont très différentes. Je suis revenu à la vitesse népalaise.
- Je n'ai pas tenu de liste de présence des élèves.
- Je ne leur ai pas fait passer assez de tests de compétences au tout début.
 
Voilà, c'est tout pour le moment, j'ai encore plus d'un mois et demi pour en faire d'autres.
 
Deux jeunes menuisiers ont commencé la fabrication individuelle d'un petit meuble de chevet, en panneaux. Exercice majeur puisqu'il s'agit du mode de construction le plus fréquent. Les travaux de dessin portent aujourd'hui leurs fruits puisqu'il faut tracer les pièces sur le contre plaqué avant de les découper. Ca fonctionne bien pour le moment.
 
Mes démarches pour trouver l'argent dont nous manquons semblent porter fruit. Si ça se confirme, je vous en parlerai.


Nouveau : téléphonez moins cher avec Yahoo! Messenger ! Découvez les tarifs exceptionnels pour appeler la France et l'international. Téléchargez la version beta.

Monday, March 27, 2006

Shiva, apprenti menuisier.

« Ceux que l’on croyait pouvoir ignorer sont comme une ombre qui pèse sur tout. Devant cet écroulement des illusions, nous sommes condamnés à la coopération, à la négociation ; nous sommes condamnés à regarder dans sa totalité ce globe humain désormais si rapetissé » L’abbé Pierre, Testament, 1994

Sunday, March 26, 2006

Des béquilles pour aimer !

La seconde fournée de stagiaires a débuté en entreprise avec davantage d'entrain que le première. En fait, il nous a été extrémement facile de trouver des stages, 4 stagiaires pour 4 entreprises.
Nous poursuivons notre travail sur une grande étagère pour Biya. Les tenons et mortaises y sont réalisés à la machine. Nous avons réalisé en 3 jours un système d'étendoir à linge pour la terrasse de Biya, j'ai donné les outils et instructions aux jeunes, ils les ont posé eux même.
Le dernier arrivé, celui qui venait "passer le temps" en attendant la rentrée, a terminé son tabouret puis a abandonné la formation. Il trouvait ça ennuyeux.
Aujourd'hui, nous avons réalisé un outil didactique pour l'apprentissage du système impérial. Voir photo. Ça fonctionne très bien.
La petite porte est celle du "petit revenant" Vous vous souvenez ? Il y a 2 mois, il était retourné dans la rue, la colle etc... il est maintenant le meilleur par la précision de son travail. Il a ratrappé 2 mois et demi de retard sur les plus anciens. De la menuiserie, il en mange ! on est obligé de le chasser à la fin du cours ! Il a vraiment beaucoup changé en peu de temps.
A propos de changer, je crois qu'on peut changer le comportement d'une personne, ses attitudes. Par contre, il ne faut pas espérer en changer le fond. Les motivations, perturbations et valeurs et shémas mentaux d'une personne sont inaccessibles à l'éducateur. Tout au plus peut on faire réfléchir, proposer des valeurs, donner des outils etc. Mais seul un effort volontaire, profond et individuel peut réellement changer une personne. Ainsi, par exemple, on ne peut pas vraiment enseigner le sens de l'initiative ou l'honnêteté.
Il y a quelques jours, j'étais au côté de Sandra, perché sur son temple. Nous étions entourés de petits dessinateurs. Sur la route, je vois un homme plutôt jeune, se trainer au sol. Il n'a pourtant qu'une seule jambe invalide, des béquilles suffiraient à lui permettre de marcher. NOUS ALLONS LUI FABRIQUER DES BÉQUILLES ! Au début de ma mission, Jean-Claude avait souhaité que les jeunes participent à un "projet communautaire" destiné, disons à les rendre visiblement utiles à la société. Et bien le voilà ce beau projet. Je vais réaliser un prototype, le mettre au point, on en fabriquera quelques unes, les clients ne manqueront pas ! il y a pas mal de personnes qui se trainent au sol ici.
En dehors des 4 programmes de Pomme Cannelle, d'autres activités beaucoup moins connues existent. Hervé aide plusieurs personnes, financièrement ou matériellement. Il y a par exemple cette mère et ses deux petites filles hébergés sous le QG d'APC.
En ce moment, Julie (une volontaire) et Sandra, aident un ancien enfant des rues handicapé. Il eu un grave accident de la route qui l'a laissé paralysé des jambes. Il est resté couché 3 mois, d'ou de nombreux et horribles escares. Par miracle, sa sensibilité est revenue, ses jambes reprennent vie. Julie et Sandra lui ont trouvé un organisme pour lui enseigner des mouvements de ré-éducation et lui fournir un fauteuil roulant. Tous les jours, elles vont le voir, le soignent et lui font faire des mouvements. Les 7 membres de sa famille vivent dans une pièce d'environ 12 mètre carrés, dans une grande pauvreté.
 
Faire ce qu'on fait n'est pas un métier, c'est une affaire de coeur. Julie et Sandra ne se sont pas esquivées devant la souffrance. Elles ont agit. Combien de fois détourne t-on les yeux. Combien de fois avons nous fuit la réalité de la souffrance ?


Nouveau : téléphonez moins cher avec Yahoo! Messenger ! Découvez les tarifs exceptionnels pour appeler la France et l'international. Téléchargez la version beta.

Tuesday, March 21, 2006

La suite du projet : la vérité enfin dévoilée.

On me pose souvent la question de la suite du projet. Je ne vous en ai pas parlé jusqu'à présent car différents éléments restent incertains. En fait, la direction de Pomme Cannelle et moi-même pensons à la pérénité du projet depuis le début de ma mission, et même avant. L'atelier étant un succès, il y a une très forte volonté de tous qu'il perdure. Me trouver un remplaçant est une question au trois quart résolue. Un de mes collègues, enseignant franco-canadien de grande valeur arrivera mi-août pour au moins quatre mois. Restent deux mois et demi à combler, nous avons au moins un candidat népalais potentiel pour cette période. Reste le problème majeur : l'argent. Pomme Cannelle aide les enfants uniquement grace aux dons de particuliers ou d'organismes, or, cette année il manque au moins 15 000 euros. Si l'argent ne rentre pas rapidement, il y aura forcément des choix cruels à faire. Il n'est pas envisagé de supprimer l'atelier, mais il est possible qu'il en souffre un peu.
Il est bien évident qu'Hervé fera tout son possible pour que les enfants pris en charge par APC ne souffrent pas de ce manque d'argent. Mais les enfants des rues semblent toujours de plus en plus nombreux ! Lorsque je parle de choix cruels je ne plaisante pas, imaginez qu'Hervé se trouve face à des enfants misérables, sans famille, en haillon, qui réclament de plus en plus de coupons repas, demanderont peut-être d'aller à l'école, à être soignés, comment gérer la pénurie ? Il faut absolument trouver ces 15 000 euros, toutes les initiatives seront les bienvenues.
 
Je travaille actuellement à la rédaction du document qui établi le programme pédagogique et les facteurs de succès de l'atelier. Il était prévu dans le projet initial.
 
Je suis déconcerté par le système de mesure des menuisiers népalais. Je croyais l'avoir compris, pas du tout...Il y a différentes versions toutes plus étonnantes les unes que les autres. La plupart d'entres elles mélangent le système métrique et l'impérial. Je n'arrive pas à comprendre comment ils s'en sortent. Ils parlent presque tous de lignes, mais lesquelles ? Un pouce et une ligne, trois quarts et une ligne etc...mais j'entend aussi 1 pouce et 2 mm. Pour certains, une ligne est 1/8, pour d'autres c'est 1/16. Bref, je suis perdu. J'enseigne les deux systèmes de manière académique, mais comment vont-ils transférer cela chez les menuisiers ?
 
Les gamins de biya sont en examen depuis une bonne semaine, et pour deux jours encore. Je les sent fatigués, l'ambiance est parfois molle en ce moment.
L'armoire et les tableaux blancs étant livrés, nous travaillons sur des étagères et un étendoir à linge pour Biya.
 
 
 
 


Nouveau : téléphonez moins cher avec Yahoo! Messenger ! Découvez les tarifs exceptionnels pour appeler la France et l'international. Téléchargez la version beta.

Sunday, March 19, 2006

Pédagogie

Ambiance un peu molle en ce moment. Ils semblent fatigués ou lassés peut-être. Il faut dire qu'ils sont en examen en ce moment et que ça a l'air drôlement sérieux. J'ai débuté un cycle de lecture de dessin de meuble. Les menuisiers griffonnent fréquement des meubles sur un cahier. Mais il faut bien dire que les ouvrages étant très standardisés, les employés se souviennent facilement de tous les détails et dimensions sans avoir besoin d'un dessin. Cependant, dès qu'il y a incompréhension, nouveauté, ou explications avec le client, il y a croquis. Le fait d'avoir déjà tracé des épures simples leur permet de lire un dessin. Ce qui leur manque, c'est d'en déduire la feuille de débit (liste des pièces avec leurs dimensions) Donc, au début du cours, je dessine un meuble simple au tableau. Tous ensemble, nous parlons de la manière dont il est dessiné, bâti, puis nous en déduisons la feuille de débit par des méthodes de calcul simple. Parfois, nous prenons le ruban à mesurer et nous retranchons, avec le doigt, 1/2 pouce, puis encore 1/2 etc... Nous approfondissons également notre connaissance du système de mesure impérial que cetains menuisiers utilisent exclusivement. Il semble que d'autres mélangent étrangement les deux systèmes. On m'a par exemple expliqué, très sérieusement, que les petites lignes qui divisaient un pouce étaient des mm. Bref, nous nous étions arrêtés aux quarts de pouce, nous voici maintenant aux huitièmes et aux seizièmes. Ils trouvent ça compliqué, mais ça rentre... Deux jeunes étant prêts pour leur premier stage, je leur ai demandé de choisir parmis les quatre entreprises à notre disposition. La plus éloignée, 500 mètres sur le trajet du bus, leur a fait peur, trop loin des copains...Un jeune a choisi le patron le plus sympa. L'autre, ne voulait pas faire son stage, repousser à plus tard etc...Il m'a fait marcher pendant quelques jours avec ses histoires. J'ai fini par clore fermement la discution, let's go, sans lui donner le choix, on est parti chercher un stage. Le patron nous a accueilli à bras ouverts. Il est même prêt à l'embaucher s'il est bon. Il dit avoir du travail pour 5 menuisiers, il n'en a trouvé qu'un. Le gamin est revenu encouragé par un accueil si enthousiaste. Je précise que cet homme sait parfaitement qui sont ces jeunes. Je pense aux "cases administratives" dans lesquelles on enferme souvent les gens, notamment les élèves. Les miens, je n'ai pas le droit de les enfermer dans des cases. Ils doivent réussir. Fresnet, pédagogue français du début du siècle, a élaboré sa méthode sur le constat suivant : La pédagogie, le programme, le cursus, ont été élaborés, dans un bureau, comme un escalier. On s'attend à ce que les élèves le gravissent bien sagement, marche après marche. On estime en quelque sorte que tous doivent apprendre à la même vitesse et de la même manière, avec les mêmes objectifs. Pourtant, si on les observe avec la plus grande honnêteté intellectuelle, on constate que certains grimperont quatre à quatre, d'autres peineront, lentement, une à une, d'autres encore grimperont à reculon, et ça fonctionnera pour eux. Certains même préfèreront emprunter une échelle, voir la goutière. C'est ce que j'essaye de faire avec les biya boys. Si un élève est nul en dessin, il ne progresse pas, il s'y ennuie à mourrir, on arrête, on ne dessine plus, on apprendra autrement... Quelques exemples de "cases administratives" : à 18 ans, tu sera majeur ; tu prendras ta retraite à 60 ans ; tu auras le droit au chômage pendant un an ; tu apprendra ce métier en 3 ans ; si tu as une maîtrise en pédagogie, tu es un bon prof ; si tu es menuisier, tu n'a pas accès à tel programme d'étude; sur telle route, pourtant large et droite, tu rouleras à 60 km etc......à faire du "macro social" de la "macro gouvernance" ou de la "macro pédagogie" on créé des absurdités néfastes. Souvent au nom de l'égalité, on méprise les conditions individuelles. " je ne suis pas un numéro !!!! "Vous vous souvenez de la série tv ? La notion d'intimité n'est certainement pas la même ici qu'en occident. Quelques exemples : Un inconnu peut se planter à un mètre pour vous regarder travailler, silencieusement, pendant une demie heure. Quelqu'un, à peine connu, entre chez vous sans s'annoncer et débarque tout souriant dans votre chambre. Les jeunes, même s'ils ont de la place, préfèrent parfois se coller au copain pour travailler, même s'ils se gènent. Dans les bains publics en plein air, les népalais, pourtant si pudiques se lavent en toute petite tenue. C'est parfois déconcertant. Une anecdote intéressante pour mon successeur et tous ceux qui auront à faire à ces gamins : Sandra vient nous visiter à l'atelier. Un jeune trouve une pièce de 2 roupies dans un pot de colle (c'est un cadeau du fabriquant, bien embarassant pour moi). Un autre jeune, fâché avec le premier, arrive, prend la pièce, la lave, et se l'approprie. Le premier râle. Sandra, très gentillement, va réclamer la pièce au second. Ce dernier se fâche dur comme fer, ne rend pas la pièce et ne parle plus à Sandra. Pourquoi, moi le prof, qui ai assisté à la scène n'ai rien fait ? Ca ne m'est même pas venu à l'idée d'intervenir ! Vous imaginez si le second jeune s'était fâché contre moi ? je ne l'aurais peut-être plus jamais revu, pour une telle bêtise ! En fait, il ne faut pas essayer de tout contrôler dans le groupe. Moi, je suis à leur service pour leur enseigner un métier. Je respecte leur choix, mais j'arrive pourtant, intuitivement à savoir jusqu'où je peut aller trop loin, en les poussant à aller en stage par exemple. Car il y a un "jeu" au sens de l'analyse transactionnelle entre eux et moi. Les règles n'en sont pas écrites, mais on les sent...


Nouveau : téléphonez moins cher avec Yahoo! Messenger ! Découvez les tarifs exceptionnels pour appeler la France et l'international. Téléchargez la version beta.

Wednesday, March 15, 2006

Holi

Nous n'avions pas vu une goutte de pluie depuis cinq mois ! elle est bienvenue pour les cultures, les fontaines asséchées et les barrages hydro-électriques, pourvu que ça dure.
 
Holi, c'est la fête des couleurs et du défoulement. Une vraie folie. Les enfants et les jeunes gens se jettent des tonnes d'eau et de poudre colorée. A biya, c'était le délire, il y en avait partout. Sandra était une cible de choix, trempée, rouge, rose et bleu, elle ne s'est pas privée de leur rendre la pareille.
 
Nous avons passé une après-midi à visiter les menuiseries environnantes, celles que l'on ne connaissait pas. Certaines se sont avérées peu accueillantes ou inintéressantes, mais d'autres, au contraire, sont de nouvelles possibilités pour nos stagiaires. Entre autre, une entreprise de 20 employés qui fabrique du meuble, surtout des fauteuils et chaises. Le patron parle anglais, très sympathique, il nous a spontanément proposé de prendre des stagiaires. Cette entreprise se trouve sur ring-road (le périférique). Elle comporte en façade une boutique ou sont exposés les meubles et autres articles de décoration.
En arrière, l'atelier fait environ 70 mètres carrés dont une pièce réservée à la tapisserie(rembourage) Là, dans un désordre apocaliptique, 20 personnes travaillent au sol, sur des tas de bois ou aux machines. Les machines ont été fabriquées en bois, comme la notre, à l'exception d'une scie à ruban, machine rare dans les menuiseries.
Comme tous les menuisiers, ils s'étalent devant l'atelier pour certains travaux, notamment le vernis. A cette occasion, ils arosent le chemin de terre pour coller la poussière au sol.
 
L'armoire n'en fini pas de se terminer, les tableaux blancs sont bien réussis, les exercices de sculpture leur plaisent bien.
Étant donné les importantes différences de niveau entre eux, ils ne travaillent pas tous sur les mêmes exercices en même temps. Cela me complique un peu la tâche, mais je n'ai pas le choix. Certains doivent recommencer plusieurs fois leurs pièces ratées et travaillent très lentement. D'autres sont rapides et réussissent tout du premier coup. Les deux élèves qui sont arrivés en décembre ont ratrapé puis dépassé les plus anciens.
L'atelier doit permettre à chacun d'évoluer à son rythme et selon ses capacités.
Leurs énormes lacunes en calcul nous compliquent le travail. Disons que je dois le faire à leur place, alors ils restent figés dans leur role d'exécutant. Par exemple, hier, je demande au groupe : 16 divisé par deux. Je présente la question de différentes manières...pas de réponse, hormis le dernier arrivé qui est en septième année puis un autre, timidement et tardivement.
 
Il y a quelque temps, j'ai visité l'atelier de menuiserie d'un organisme un peu similaire au notre, mais beaucoup plus important. Les installations sont semblables, l'enseignant népalais s'occupe de 10 gamins. Ils dessinent et réalisent des meubles pour l'établissement. Le principal me confie qu'un de leurs problèmes majeurs est de les lancer dans une vie d'adulte autonome. Les jeunes craignent et s'atristent à l'approche de l'envol.
Comment réagiront ceux de Biya ?
 
Sur un tas d'ordures, deux enfants des rues tentent de briser une grosse bombone en PVC. Ils portent sur le dos d'énormes sacs remplis de plastiques récupérés. Un chien les attaque, ils se défendent tout en poursuivant leur tâche. La pluie a détrempé la décharge, ils pataugent. Scène ordinaire de la vie des enfants des rues.
 
Côté vie privée, nous pensons beaucoup au retour. Mais retour où ?
Pour ma part, j'imagine mal un avenir professionnel hors du service à ces enfants, ou à leurs confrères du monde. En fouillant sur internet, je vois que le problème des enfants démunis, handicapés, orphelins, est présent partout dans le monde. Mais partout, de la décharge de Pnong pen, aux amputés d'Angola, des personnes se mobilisent pour améliorer leur sort, goutte après goutte...J'ai certainement beaucoup à donner encore.
Rentrer en France ? c'est l'une des options possibles, mais la France nous fait peur. Ce merveilleux pays, dont l'une des principales valeur est le partage de la richesse et des chances, qui se morfond dans une sinistre auto-flagélation. Vu de l'extérieur, après 8 ans d'expatriation, tout nous y semble rigide, compliqué, sclérosant. Tout semble tellement plus simple au Québec, tellement plus propice à vivre sa liberté...à suivre.
 
Les français ne s'imaginent pas l'importance de leur culture générale, de leur vocabulaire, de leurs connaissances. Accumuler et utiliser ses connaissances, bien s'exprimer, sont probablement des valeurs bien françaises qui passent inaperçues. Mais vu de l'extérieur, c'est frappant. Cela vient souvent avec un esprit critique aigu, parfois au service du culte du scepticisme, de l'incrédulité, du pescimisme.
Lors de mon dernier passage en France, j'ai un peu cotoyé le monde du travail. J'ai été frappé par "le masque" que portent les gens. Masque impassible, impénétrable, sérieux.
Pour avoir l'air intelligent, surtout ne jamais avoir l'air surpris, ne pas sourire, ne pas laisser paraître ses émotions. Après le Québec et le Népal, comment supporter ça ?
 
Il faut dire que le sourire népalais n'est pas davantage l'expression de l'état d'esprit de la personne. Ici, le sourire n'est pas un signe de sympathie ou de bien-être, c'est juste le signe que la personne est népalaise. C'est parfois trompeur.
 
Bref, France, Québec ou autre pays, notre bonheur ne se trouvera jamais nulle part ailleurs que dans notre esprit.


Nouveau : téléphonez moins cher avec Yahoo! Messenger ! Découvez les tarifs exceptionnels pour appeler la France et l'international. Téléchargez la version beta.

Thursday, March 09, 2006

Du merveilleux partout.

Un petit accident a assombri cette semaine. Un de jeunes s'est coupe a la degauchisseuse. Finalement, c'etait impressionnant, surtout pour lui, mais pas si grave. Il a ete merveilleusement courageux malgre le choc nerveux et la douleur. Il a rapidement retrouve son beau sourire.
Tout le monde travaille serieusement, les uns sur les tableaux blancs, les autres sur des exercices d'assemblage ou d'usinage.
Il devient de plus en plus difficile de se connecter a internet a cause des coupures d'electricite. Les coupures se font par quartiers, a tour de role. Alors, pendant que vous avez de l'electricite a la maison, votre serveur n'en a pas et vice versa. Cela donne jusqu'a 10h par jour sans internet. Et on nous en promet davantage...
Apres la fete de Losar, le nouvel an tibetain, c'est Holi, la fete des couleurs. Les enfants preparent avec malice des poches d'eau coloree qu'ils jetteront ensuite sur les passants.
A certains endroits on trouve de la poudre rouge sur le sol, d'ordinaire, elle sert aux benedictions, un petit groupe d'enfants des rues s'en est barbouille le visage...tout rouge !
 
Sandra est toute contente avec ses petits dessinateurs. Perchee sur son temple, elle leur fourni aussi de l'argile, ils adorent ca. Une petite fille de 8 ans qui avait subitement demande a se laver il y a quelque semaines, a demande d'aller a l'ecole ! On lui a trouve un uniforme, et Sandra l'y accompagne, lorsqu'elle le souhaite vers 10h le matin.
Cette fillette est nee dans la rue et y vie encore avec sa mere, dans Bugal park. Son frere fait partie de la bande de Biya.
 
Vous vous souvenez du petit menuisier qui etait retourne a la rue puis revenu ? et bien il va a l'ecole, prend bien soin de son uniforme, suit assiduement les cours de menuiserie, et a completement arrete de snifer de la colle. C'est merveilleux.
 
Pour coller le stratifie, de rares menuisiers utilisent une colle contact de marque Denrite. Le solvant est le meme que celui qui fait oublier le monde aux enfants des rues...
Evidemment, je n'en utilise pas. J'ai deja eu l'experience du phenomene de rechute chez un jeune drogue quebecois qu'on avait fait travailler au vernis. Alors, on colle a la vynilique, sur 2 faces, on la laisse gelifier un peu, puis on presse...ca fait genre colle contact...
 
Il semble, que beaucoup d'enfants des rues ne soient pas du tout chatouilleux. Ca veut dire quoi ? avez vous une idee ?


Nouveau : téléphonez moins cher avec Yahoo! Messenger ! Découvez les tarifs exceptionnels pour appeler la France et l'international. Téléchargez la version beta.

Tuesday, March 07, 2006

Sensibilité

Un des enfants de Biya, un petit de 12 ans, a quitté le foyer pour la rue. Il a retrouvé la colle et les copains. On a beau savoir que cela peut arriver à n'importe quel moment, ça fait quelque chose...
Le nouveau menuisier travaille très bien, appliqué et soigneux il est capable de s'auto-évaluer et de corriger lui-même son travail. Il prend les choses avec humour, détachement, mais aussi beaucoup de sérieux. Il n'a pas l'intention de devenir menuisier, mais plutôt de poursuivre ses études. Il suivra la formation en menuiserie en attendant la prochaine cession scolaire, dans deux mois. Le matin, il va parfois dessiner avec Sandra et il a commencé à travailler sur le journal de Biya qui devrait paraître dans...quelque temps...
 
Les deux stagiaires ont terminé leur semaine. Le patron est content, les jeunes aussi, moi soulagé et encouragé. C'est un trois-quart de succès dans la mesure ou ils ont fait ce stage à deux. Mais on a le temps...Les deux prochains feront leur stage individuellement car ils sont sérieusement fâchés depuis plusieurs semaines. J'ai vainement tenté de les faire travailler ensemble, mais je n'ai pas dit mon dernier mot. Cette fâcherie est nuisible à l'ambiance, à l'apprentissage et à la production.
 
Nous travaillons en ce moment sur des tableaux blancs pour Biya. C'est l'occasion de réaliser des ravancements de feuillure. Pour les non-menuisiers, il faut savoir que ce sont des assemblages assez difficiles à visualiser et réaliser pour des débutants. Ils s'en sortent bien. Les menuisiers locaux en réalisent mais souvent, ils entaillent au carré...les menuisiers comprendront.
 
Raju, le manager de Biya, me parlait de "l'autorité" avec ces jeunes. J'ai tout à fait retrouvé mon ressenti dans ses paroles, alors je vous en parle : Avec ces enfants, il est possible de tisser de forts liens d'affection, à la simple condition de les aimer sincèrement et de les respecter. Il est également possible d'acquérir crédibilité et autorité à condition d'être intègre, juste et ferme...et de les respecter...et de les aimer...Lorsqu'on a acquis cette autorité, on le ressent et on peut se permettre à l'occasion une grande fermeté, de donner des ordres, d'imposer son point de vue, de réprimender. Mais il faut connaître les limites de cette confiance ! et surtout ne pas entrer dans l'irrespect ou l'humiliation.
Ces enfants semblent accepter l'autorité de peu de personnes. Ils n'ont pas plus d'un chef par "domaine". Par exemple, à l'atelier, je peut me permettre d'émettre toute remarque sur leur travail, mais si un visiteur se permet un commentaire, il est mal accepté.
J'ai en mémoire une scène qui illustre ce phénomène : Il y a sept ans, je travaillais dans une entreprise d'insertion au Québec. Un de nos stagiaires qui avait effectué une très longue peine de prison et avait une carure colossale, était craint de tous. Un jour, il refuse un ordre de son chef d'équipe, la dispute s'enflamme rapidement, le colosse hurle et brandit le poing. J'étais second de l'atelier, je me dirige (pas très...enthousiaste...) vers la scène ne sachant pas trop quoi faire. Le directeur de la production, vieux monsieur très respecté de tous, se dirige vers lui et sans dire un mot lui envoie en énorme tape sur (l'énorme) épaule. Je reste figé...que va faire le mastodonte furieux ? Il se calme instantanément et retourne au travail...
 
Avez vous lu ou vu "vipère au poing" ? c'est intéressant pour comprendre la psychologie d'un gamin mal aimé. Cet enfant a une mère rigide, méchante et distante. De ces personnes qui font passer "le devoir" "les convenances" et le "qu'en dirat-on" avant la quète du bonheur. Il développe comme un sixième sens. Une acuité à deviner et prévoir les intentions de son boureau. Une hyper sensibilité doublée d'une attitude rude, tenace, combative et parfois arroguante. Cet enfant comprend avec beaucoup de finesse les adultes qui gravitent autour de lui. Il ressent l'amour derrière l'autorité du prêtre polonais.
Il déteste sa mère, mais en est obsédé. Elle cristalise pour l'enfant tout le mal être dont elle est en partie responsable. L'écrivain (autobiographe je pense) semble avoir trouvé une stratégie pour pardonner à sa mère. Devenir adulte, c'est pardonner à ses parents parait-il.
 
Alors nos ex-enfants des rues, qui ont vécu dans des conditions épouvantables, pleins de cicatrices et d'allure de petits durs, sont des pommes cannelles. Ils ont aussi, je crois, cette acuité, cette sensibilté particulière...qui les rend si aimant à connaitre.
 
Intéressante remarque de Sandra : elle est frappée par le faible vocabulaire de ses petits écrivains. Certains enfants d'environ 7 ans ne connaissent pas toutes les couleurs. Je souris en dedans, car moi-même, à 4 ans, fraichement adopté, je ne les connaissais pas du tout, mais me suis bien rattrapé grace à l'amour d'une mère.
Ne pas connaitre les couleurs à cet age est sans doute le symptome d'un manque de stimulation, d'éducation, d'amour. Si cette lacune perdure, dans dix ans, leur prof de menuiserie se demandera pourquoi ils ne connaissent pas la différence entre un carré et un rectangle...
 
 
 
 


Nouveau : téléphonez moins cher avec Yahoo! Messenger ! Découvez les tarifs exceptionnels pour appeler la France et l'international. Téléchargez la version beta.

Sunday, March 05, 2006

accepter son impuissance

La semaine dernière a été courte : pic-nic de l'école et manifestation des jeunes pour leurs droits civiques ont retranché 2 journées. Il y a toujours eu un des 2 menuisiers fermés, alors les stagiaires se baladent de l'un à l'autre selon les disponibilités. Mais jeudi dernier, le menuisier n'avait pas de bois pour travailler, les stagiaires sont rentrés bredouilles.
 
Les droits civiques des jeunes c'est entre autre la carte de citoyenneté. En effet, aucun de nos jeunes n'a d'existance pour l'état civil. En d'autres mots, le gouvernement ne sais pas qu'ils existent. Cela tient, d'après ce que je sais, à ce qu'ils ne sont pas déclarés à la naissance. C'est je crois à cause de 3 facteurs : l'isolement du village, le désintérêt des parents pour cette démarche inutile au village, et le fait que les femmes ne peuvent pas faire la démarche. Les femmes sont, d'après ce que je sais, interdites d'effectuer elles même beaucoup de démarches administratives, dont la déclaration de naissance de leur enfant.
Pomme cannelle devra un jour ou l'autre s'attaquer au problème, car sans papier, ces jeunes seront handicapés : pas de permis de conduire, certains emplois interdits etc...
Ce seront des démarches couteuses, longues et pénibles. Il faudra en effet aller au village natal, retrouver la famille ou ce qu'il en reste, probablement payer des backchichs etc...
 
En ce moment ils terminent lentement l'armoire et font un peu de sculpture. Je leur fait faire chacun une sorte de colonne de section carrée avec des entailles et des chanfreins, bref, des motifs traditionnels locaux.
 
On a un nouveau petit menuisier ! un grand devrais-je dire. Il a terminé sa septième année, loin devant les suivants qui sont en cinquième année. Cela se ressent tout de suite dans sa manière d'apprendre. Ce gamin comme les autres a une histoire terrible et incroyable. J'hésite un peu à vous raconter ces choses là, c'est leur vie...
 
Du côté vie privée, les choses se compliquent un peu. Nous n'avons plus du tout d'eau au robinet. Il faut sortir pomper au puit. La ville ne distribuait de l'eau que 20 minutes par jour, alors les gens faisaient des réserves, mais là, plus rien. Le puit d'apoint est à sec, il a fallu en creuser un autre. On risque de pomper pour les 2 prochains mois.
Les 35 heures sont arrivées au Népal ! ................35 heures de coupures d'électricité par semaine........5 heures dans la journée...
Bon, en fait on s'y fait. Je crois que notre esprit a beaucoup gagné en souplesse.
 
Un des jeunes menuisiers est absent depuis trois semaines. Il est parti chez un copain et n'est pas rentré. Ca n'est pas la première fois qu'il fait le coup, on ne sait pas où il se trouve, et puis il est libre... C'est quand même spécial, au début je me disais, "mais il faut le retrouver !!! " mais en fait, il n'est pas notre fils, il ne nous appartient pas, il est complètement libre.
Faire ce qu'on fait, c'est aussi accepter son impuissance.


Nouveau : téléphonez moins cher avec Yahoo! Messenger ! Découvez les tarifs exceptionnels pour appeler la France et l'international. Téléchargez la version beta.

Wednesday, March 01, 2006

Chers enfants...

Au second jour de stage, une autre surprise nous attendait. L'atelier qui avait accueilli nos deux jeunes était fermé. Qu'à cela ne tienne, nous les envoyons chez le second. Le patron les a accueilli à bras ouvert. Raju lui a expliqué notre démarche et qui étaient ces jeunes, il a dit "c'est formidable, bienvenue ! " Il faut dire que nous ne connaissions pas ce monsieur, ayant toujours eu affaire à l'employé. Les jeunes ont bien travaillé et sont revenus tout sourire.
Ces accueils chaleureux nous remplissent de joie, d'enthousiasme et d'espoir en l'avenir.
La manière dont ces "ex-clochards" seraient acceptés dans les entreprises faisait partie des grandes inconnues.
J'ai ci-dessus utilisé une expression un peu forte pour désigner nos jeunes, une manière de refléter la perception de certains népalais...
Deux petites portes sont terminées. Il s'agissait d'un exercice purement pédagogique rassemblant de nombreux usinages très courants.
Le petit dernier termine son tabouret. Nous lui avons fait un dessus circulaire. Cela a été l'occasion de leur montrer comment calibrer un cercle à la scie circulaire à l'aide d'un gabarit fort simple. Ça les amuse beaucoup.
 
Il n'y a pas que des enfants des rues au Népal ! la plupart ont des parents attentionnés et aimants. Pourtant, évidemment, une large majorité des petits népalais n'ont pas de conditions matérielles aussi favorables que les petits occidentaux. Ils mangent la même chose tous les jours, dorment tous ensemble sur de minces matelas, fabriquent eux même leurs jouets et si les parents le peuvent...vont à l'école...
J'en vois souvent jouer dans les ruelles, devant leur maison ou dans un terrain vague. Ils jouent au foot (soccer) ou au badmington. Ils font tourner un anneau ou un petit pneu au bout d'un bâton. Papa leur a cloué un couvercle circulaire au bout d'un bâton, ça fait une moto...J'en vois un très habile pour se fabriquer des lunettes en fil électrique. Un petit bout de choux d'environ 8 mois, les fesses à l'air, tente de suivre ses soeurs dans un terrain vague. Il est mignon à croquer ! Les plus grands et plus fortunés passent pas mal de temps dans les cyber cafés pour jouer à des jeux vidéos.
A la naissance d'un garçon, une famille aisée fera une grande fête avec un repas pour de très nombreuses personnes. Chez certains Newar, la fille aura le droit, vers 8 ans, à un mariage. Intrigué, je cherchais le marié en vain. Il s'agit en fait d'un "mariage" avec un dieu, une sorte de protection contre...un tas de choses.
 
Petite anecdote: Traditionellement, en France comme au Québec, les ébénistes testent l'affutage de leurs outils en se rasant quelques poils sur le dos de la main ou le bras. Mais ici...la plupart des hommes n'ont pas de poils sur les bras !!! C'est une des innombrables adaptations imprévisibles auxquelles on doit faire face.
 
 


Nouveau : téléphonez moins cher avec Yahoo! Messenger ! Découvez les tarifs exceptionnels pour appeler la France et l'international. Téléchargez la version beta.