Saturday, April 22, 2006

Un départ.

Ce pourrait être la dernière fois que j'écris sur ce blog. Avec ma famille, nous partons pour la Thailande demain matin. Il était déjà prévu que je fasse ce voyage pour préparer ma prochaine mission en Thailande. Mais face à la situation politique qui empire de jour en jour, nous partons tous, en espérant pouvoir revenir dans de meilleures conditions.
 
Nous subissons un couvre-feu diurne, une fois de plus. C'est exaspérant. A passer toutes nos journées à la maison depuis des semaines, j'ai l'impression d'être en prison.
Avant les événements, nous avions fait de grosses provisions de produits de base, c'était une bonne idée. En ce moment, les légumes frais sont quasiment introuvables. Depuis longtemps, on ne trouve plus d'onions, de lait, de pain, de gaz de cuisson etc...
Nous sommes infiniment privilégiés par rapport au népalais moyen. Beaucoup de gens vivent nombreux dans une seule petite pièce. Couramment 7 personnes dans neuf mètres carré. Ce sont souvent des familles à faible revenu, sans aucune rentrée d'argent depuis parfois 3 semaines. Pendant les quelques heures de liberté que le roi nous accorde généreusement, je vois les gens négocier ferme la dernière courge, récupérer des morceaux de bois sur les chantiers, ou des branches mortes pour remplacer le kérozène de cuisson désormais rarissime.
Plus rien ne fonctionne, ni transport, ni écoles, ni commerces. Les petites épiceries sont ouvertes pendant les heures libres. On se bouscule un peu mais les gens restent corrects, à la népalaise. Par contre, plus question de plaisanter avec l'épicier ou d'échanger des sourires, les visages sont sérieux. On se presse de parer au plus urgent.
J'ai eu l'opportunité de me faufiler entre deux couvres-feux pour acheter nos billets d'avion dans une des rares agences de voyages ouvertes. Les abords du palais royal étaient particulièrement bien gardés par l'armée.
Nous prendrons le bus gouvernemental spécialement prévu pour les touristes entre l'aéroport et les principaux hotels.
 
Évidemment, ça fait bien longtemps que je n'enseigne plus. Mes menuisiers, et les autres, sont cloîtrés à Biya. Ils sortent quand même un peu et rentrent vite dès qu'ils aperçoivent les policiers.
Ma mission est en grande partie terminée. Je sais que si on ne devait pas rentrer, Hervé poursuivrait le projet avec le menuisier népalais. J'ai rédigé un document qui rassemble toutes les conditions nécessaires pour le succès de la formation. Lieux, matériel, pédagogie, psychologie, tout y est.
Ce qui nous ferait le plus de peine, c'est de quitter les enfants sans leur dire adieu...de les quitter tout court...
Parfois, avec Sandra, on pense à des folies comme d'en adopter un, l'emmener avec nous, changer sa vie. Le plus difficile serait de choisir. Raj, taquin, vif d'esprit, plaisantin, au fort caractère, au rire en cascade...Anil, réservé, affectueux à sa manière, un peu effarouché, appliqué, sérieux, au sourire désarmant...Shiva, affectueux, talentueux, sensible, au sourire profond...Raju, un peu entier, malin, actif, vif...Bharat, toujours content, d'un calme inperturbable, insouciant...Akash, au sourire absolu, courageux, habile...Pradeep, touchant, affectueux, malin, vif, qui revient de bien loin...Et puis tous les autres, Basanta, Bijay, Binod, Prabeen, Anil, Prakash et tous les autres. Tous les abandonnés, tous les enfants des rues que nous avons croisé. Ce tout petit minuscule dont je ne connais même pas le nom. Il a un visage d'ange, un sourire fatal...surtout lorsque je lui offre une glace...il est seul au monde, mais il y a APC...


Faites de Yahoo! votre page d'accueil sur le web pour retrouver directement vos services préférés : vérifiez vos nouveaux mails, lancez vos recherches et suivez l'actualité en temps réel. Cliquez ici.

Wednesday, April 19, 2006

Les philatélistes...

Nous avons malgré tout tenté de reprendre la formation. Avec un succès mitigé. Avant hier, nous avons fait du dessin de meubles à main levée, des exercices de mesurage etc.
Aujourd'hui, ils ont accepté de se rendre à l'atelier à pied moyennant les 20 roupies habituellement dépensées pour le mini bus. Mais ils n'avaient vraiment pas l'esprit au travail. Difficile d'en tirer quelque chose. Pourtant, malgré tout, ils ont eu quelques nouveaux apprentissages et un peu de pratique.
Je leur ai pour la première fois apporté un livre de menuiserie, avec des illustrations. Ils ont apprécié, ils l'ont beaucoup feuilleté. J'ai demandé à l'un d'entres eux, vraiment mauvais en dessin, de recopier des moulures et assemblages. A ma grande surprise, il a beaucoup aimé ça et a pas mal réussi.
 
Sur la route de la maison à l'atelier, j'ai assisté aux manifestations sur ring road. La première était plutôt sympatique, on aurait dit une manifestation de philatélistes (je n'ai encore jamais vu de philatélistes défiler, mais j'imagine...) à raison d'une personne au mètre carré, j'estime qu'ils étaient 2 000.
La seconde était similaire, la troisième était un rassemblement autour d'une tribune, environ 4 000 personnes. Les orateurs véhéments se succédaient. La foule (de philatélistes) était calme et écoutait.
Des centaines de policiers anti-émeute (pas des philatélistes) stationnaient paisiblement le long de la route et laissait passer la foule. J'en ai même vu un lire le journal.
Les drapeaux rouges à la faucille et au marteau sont nombreux.
 
Sur ring road, un poste de police a été détruit. Vous vous souvenez comme il était mal défendu ? Et bien il a été saccagé et brulé. Je suis étonné que cela ne paraisse pas dans les journaux. Il y avait quand même des hommes là dedans, vu ce qu'il en reste ça a dû péter !
 
Aujourd'hui, étrangement, beaucoup de véhicules roulaient. Par contre, les files d'attente pour le kérozène sont de plusieurs dizaines de mètres et bien en ligne ! pour ceux qui connaissent les népalais, c'est étonnant qu'ils ne se marchent pas dessus pour passer devant. Mais il y a un truc ! Dans l'anse des petits bidons, on enfile une ficelle rouge au fur et à mesure qu'on arrive ! Si bien qu'on dirait une file de philatélistes anglais...
 


Faites de Yahoo! votre page d'accueil sur le web pour retrouver directement vos services préférés : vérifiez vos nouveaux mails, lancez vos recherches et suivez l'actualité en temps réel. Cliquez ici.

Thursday, April 13, 2006

Pradeep Tamang, jeune menuisier talentueux.

Sunday, April 09, 2006

Troisième jour de couvre-feu.

Troisième jour de couvre-feu diurne. Interdiction de sortir de chez soi toute la journée et une grande partie de la nuit.
Alors, forcément, je n'ai rien à raconter sur la formation des menuisiers. Par contre, comme j'ai du temps à perdre et que ce blog est destiné à mon successeur (Gilles Fauquembergue), je dois décrire la manière dont nous vivons les événements actuels.
C'est tout d'abord une grande tristesse pour le Népal. Un si beau pays, un peuple si attachant, victime de...son histoire...
Fondamentalement, la situation actuelle est en effet le fruit pourri du système des castes et du système "féodal" qui régit le pays depuis des siècles.
Les maoistes, en bonne partie composés de personnes pauvres, de basse castes (dalit notamment) et de femmes cherchent, de manière radicale et violente, l'égalité entre les personnes.
Les 7 partis politiques, qui ont brièvement connu de la démocratie, souhaitent la retrouver. Pendant cette décénie de multipartisme, ils ont notoirement profité du système...corruption, copinage etc...
Le roi a repris la souveraineté absolue pour mettre fin aux malversations et mieux combattre les maoistes. Il a en grande partie échoué. Par contre, comme tyran, il y a bien pire ! La presse jouit tout de même d'une étonnante liberté (on lit couramment des articles contre le roi, les medias relayent les appels à la grève etc) , l'expression, le commerce, la circulation sont libres etc... en cas de manifestation, les forces de l'ordre pourraient tirer à balle réelle dans le tas, or, elle évitent cela et les morts sont malgré tout assez rare (pendant les manifs) Par contre, dans les campagnes, les dérapages et abus semblent nombreux. L'armée combat en effet une rébéllion et personne n'a écrit "maoiste" sur son front, alors dans le doute... Ainsi, beaucoup de pauvres gens sont persécutés par les deux parties combatantes. Même s'ils refusent de choisir un camp, ils sont coincés entre deux feux...
Et puis, il y a le quatrième joueur, muet et docile pour le moment : l'armée.
Cinquième joueur : le peuple qui subit...
 
Concrètement, pour un volontaire comme moi, les contraintes sont les suivantes :
 
- Les grèves générales, entre un et cinq jours, paralysent une grande partie du commerce et du transport. Certains quartiers sont alors déconseillés à cause des manifs. Comme dit l'ambassade, il faut faire profil bas.
- Les couvres-feu de nuit, t'empêchent de sortir tard.
- Les couvres-feu de jour paralysent tout, tout le monde est enfermé à la maison, point final. C'est là qu'on apprécie d'avoir un jardin et un appart sympa. Au troisième jour de ce traitement, à 6h30 ce matin, j'ai réussi à acheter les derniers légumes d'un marchand entrouvert. Autrement dit, il vaut mieux avoir des provisions.
- Les enfants étaient heureux comme tout, c'est le pays des vacances, mais ils commencent réclamer l'école...on fait des devoirs à la maison...
- Plusieurs zones du pays sont dangereuses. Avec nos enfants, nous sommes très peu sortis de la vallée.
- Au niveau sentiment de sécurité, même si nous ne courrons absolument aucun danger, je peux comprendre qu'on soit mal à l'aise face à tant de soldats, policiers, camions militaires, hélicos etc. Nous, on s'est habitué...
- Notre téléphone portable ne fonctionne plus, lignes coupées par le roi...
 
Quant aux coupure d'électricité, détail qui nous facilite la vie : on a un ordinateur portable, bien agréable pour surfer dans le noir, travailler, communiquer ou regarder un film.
 
Quant à l'avenir, je ne vois aucune contre-indication à venir travailler ici, c'est même agréable, plein de sens, une merveilleuse expérience. Par contre, pour le pays, je ne vois pas d'issue favorable. Toutes les options plausibles me semblent périlleuses, y compris une improbable abdication du roi.


Nouveau : téléphonez moins cher avec Yahoo! Messenger ! Découvez les tarifs exceptionnels pour appeler la France et l'international. Téléchargez la version beta.

Wednesday, April 05, 2006

Des résultats.

Tous les menuisiers ont obtenu leur examen de fin d'année à l'école ! L'un d'entre eux a même terminé premier de sa classe.
Les petits meubles avancent bien et ça leur plais car ils voient rapidement le résultat de leur travail. Par contre, ils travaillent avec du placage et les moins soigneux d'entre eux le masacrent. Certains n'ont toujours pas appris à prendre soin de leur bois, ils le jettent à terre, marchent dessus etc. Là, on est dans un travail qui est censé demander un peu de finesse, alors je déserpère un peu parfois...
Je me demandais quel bois les menuisiers locaux utilisent pour faire d'aussi belles chevilles. Du bambou ! c'est évident, de droit fil et d'une résistance extraordinaire!
 
Plusieurs ont de petits problèmes de santé en ce moment. Alors je fais un peu l'infirmière, crème, bandage, pansement. Les autres volontaires font cela aussi. En fait, ils adorent qu'on prenne soin d'eux. Je dois cacher la crème camphrée contre les douleurs musculaires, sinon, ils s'en mettent partout...pour le parfum...
 
La deuxième série de stages s'est terminée. Ca s'est très bien passé. L'un des jeunes a beaucoup aimé son entreprise, l'ambiance, le travail.
 
Pourquoi la plupart des népalais ont ils une attitude si insouciante et tranquille ? un peu à la manière des africains... Ils faut dire que la plupart des français, à côté, sont particulièrement soucieux et stressés. C'est culturel, bien sûr...mais comment ça marche au juste ? J'ai l'impression qu'une partie de l'explication se trouve dans l'obligation de résultat. Fondamentalement, les occidentaux agissent pour obtenir un résultat probant et optimal. Toutes leurs facultés sont orientées vers le résultat, parfois dans des domaines aussi incongrus que la vie de couple, l'éducation des enfants ou la spiritualité...il faut des résultats qu'on puisse compter, mettre dans des cases etc . On dirait que les népalais sont beaucoup plus détaché quant au fruit de leur travail. Alors bien sûr, comme on a les qualités de ses défauts...
 
Il y a quelques jours, je discutais avec un couple de français. Ils vivent ici depuis deux ans. Ils disaient " ici, c'est le paradis" ils adorent leur vie à Katmandou. Il faut dire que sans être riches, ils ont une belle maison avec un jardin superbe toute l'année. Le climat est quand même très agréable, le travail pas stressant, l'ambiance tranquille, les gens sympas...
Nous avons aussi la possibilité de rester. Quelqu'un nous propose de développer sa propriété proche de Backtapur. Une belle maison et dépendances au milieu d'un jardin extraordinaire avec des terres boisées immenses, des chevaux, des domestiques, une Jeep, les montagnes à l'horizon. Il aimerait en faire un centre de tourisme solidaire et écologique. De plus, il a déjà un atelier de menuiserie sur place et aimerait y fabriquer du beau meuble tout en formant des personnes défavorisées. Un couple d'occidentaux comme nous est pour lui une garantie de sérieux, honnêteté, courage et bon sens. Évidemment, c'est le genre de proposition qui s'étudie de près. Nous avons aussi d'autres projets passionnants dans d'autres pays. Il faudra bien choisir à un certain moment...à moins que le choix ne se fasse tout seul...un peu comme pour la mission actuelle, il n'y avait pas à choisir, c'était évident.


Nouveau : téléphonez moins cher avec Yahoo! Messenger ! Découvez les tarifs exceptionnels pour appeler la France et l'international. Téléchargez la version beta.

La fameuse armoire réalisée par les élèves.