Monday, May 15, 2006

Le "vieux", Narayan Maharjan.

Voici le nouvel enseignant en menuiserie. Je tiens à la disposition de ceux qui le souhaitent les documents qui ont servi à l'élaboration du projet.

La conclusion.

Hier, dimanche, j'ai pour la dernière fois participé au cours de menuiserie. Nous quittons dans 9 jours, mais il était urgent que je laisse le champs libre au nouvel enseignant. Il doit lui aussi s'approprier les lieux et le processus de formation, choses impossibles en ma présence puisque les jeunes réclament toujours mes conseils.
Il me reste encore à teminer les béquilles en aluminium débutées avant les troubles politiques, mais j'irai le matin, lorsque l'atelier est encore désert. 
Je vois déjà les techniques des 8 jeunes menuisiers qui se "népalisent" un peu plus, et j'en suis bien heureux. Simplement, lorsque Gilles arrivera, dans 3 mois, il trouvera des apprentis déjà munis d'habitudes parfois choquantes ou exotiques...il devra s'y adapter...
On peut se demander pourquoi il est nécessaire de faire venir un nouvel enseignant étranger. Je me suis également posé la question, mais je n'ai maintenant plus de doute : c'est nécessaire. Ce projet est d'origine française, basé sur des valeurs françaises (non, ce ne sont pas des valeurs universelles) adaptées aux besoins locaux. Son succès est dû au respect de certains principes qui ne sont pas forcément évidents pour tout le monde. Voici quelques exemples de pièges dans lesquels on peut facilement tomber en enseignant à ces élèves.
- "oublier" les élèves en difficulté, les timides, les nouveaux, ceux qui ne posent jamais de question, en fait, ceux qui ont le plus besoin de soutien.
- être davantage tourné vers la production que vers la formation.
- Faire certaines tâches à la place des jeunes, sans leur accorder confiance, pour être certain que ça soit bien fait...
- Les reléguer à un rôle d'exécutant
- Ne pas organiser la progression pédagogique.
- Ne pas regrouper les élèves autour d'un nouvel apprentissage auquel fait face l'un d'entres-eux.
- Négliger d'expliquer "pourquoi on fait comme ça" et "comment ça marche"
- Ne pas renouveller la motivation, ne pas leur donner d'espoir.
- Ne pas les écouter
- Et évidemment, leur parler durement, les frapper, les humilier etc...
 
Ce ne sont que quelques exemples de pièges classiques, mais au quotidien, c'est toute une attitude à avoir avec eux. Je ne me pose pas en modèle, mais je sais que Gilles est un enseignant exceptionnel qui saura éviter tous les pièges et aura le rôle de "locomotive" dont ces jeunes ont besoin.
 
Ces derniers jours, je dois avouer que je me suis senti un peu désoeuvré, un peu perdu. Une espèce de syndrôme post-partum. Le projet dans lequel j'ai mis tant de coeur se poursuit sans moi. J'en suis à la fois très heureux car tout s'est passé comme je le souhaitais, mais également un peu...perdu...
Je n'ai pas travaillé sur ce projet, comment dire...lorsque je fais les devoirs avec mon fils, ce n'est pas un travail...Travailler pour ces enfants ne peut pas être un métier comme un autre, c'est une affaire de coeur. Mais alors, dans le genre accroche-coeur, ceux là, ils battent des records. Je ne peut pas écrire comme je les aime, mais ceux qui les connaissent bien comprennent...
Je comprend bien Hervé aussi. Son travail d'astrophysicien était certainement passionnant, mais des étoiles...il y en a plein les rues de Katmandou ! Après s'être occupé de ces gamins, comment ne pas trouver tout le reste futile et superficiel ? Le seul problème de l'univers, c'est la souffrance...
C'est tellement fabuleux de rencontrer un enfant sale, pouilleux, sans parents, sans avenir, perdu dans une société qui le rejette, et tout à coup, l'aimer, et le regarder se transformer, comme une fleur qui s'épanoui en accéléré...C'est comme la magie d'une naissance...
Certains de ces gamins ont un potentiel extraordinaire, beaucoup de débrouillardise, de curiosité, de vivacité d'esprit. De les voir progresser, espérer en l'avenir, c'est merveilleux.
 
Il se passe des choses dans la tête de nos menuisiers, surtout parmis les plus vieux. Je ne vous parlerai pas des détails parce que c'est leur vie privée, mais pour au moins deux d'entres eux, j'entends des histoires de petites copines, de travailler bientôt, d'être trop grand pour rester dormir à Biya avec les autres. L'un d'entres-eux s'est même aménagé un petit lieu bien à lui, avec son lit et ses objets personnels. Quant à l'atelier, en mon absence ils en ont vraiment fait LEUR atelier, et c'est formidable. Ils ont réalisé une petite étagère pour la radio. J'avais jusque là refusé ce bruit supplémentaire, maintenant ils sont chez eux...
Un des menuisiers a fabriqué une maisonnette pour les cinq pigeons de Biya. Et c'est pas mal fait ! toit, cloison, porte, tout y est. Il a tout fait seul, de sa propre initiative. Tout ceci est très encourageant.
 
Y a t-il eu des échecs lors de cette mission ? J'en vois au moins un, celui d'un des jeunes qui était là dès le début. Après quelques mois d'efforts, je n'ai pu que constater qu'il était incapable de suivre comme les autres. Il devait trouver une nouvelle orientation. Avec Raju et Hervé, nous avons cherché d'autres solutions, nous lui avons proposé l'horticulture, mais en vain, il n'était pas vraiment volontaire. Après que nous ayons mis fin à sa formation, il a arrêté l'école et est donc repassé à Kalimati, puis il s'est cassé le bras. Je pense tous les jours à lui. Je crois qu'il m'en veut. Je ne regrette pas d'avoir jugé qu'il ne pouvait pas poursuivre la menuiserie, mais je me désole de n'avoir pas trouvé autre chose qui lui convienne.
Sinon, le premier concept pour cette formation était de créer une entreprise d'insertion capable de s'autofinancer, avec des clients etc...Assez rapidement, je me suis rendu compte que ce n'était pas vraiment possible pour 3 raisons : Ils ne travaillent que 3 heures par jour, le reste du temps étant consacré à l'école et autres activités. Au départ, ils avaient d'importantes lacunes qui ont ralenti le début de formation. Enfin, le besoin était vraiment de les former complètement à un métier, ce qui n'est pas la fonction d'une entreprise d'insertion.
Cependant, APC a en ce moment de graves problèmes financiers. Hervé est obligé de jongler avec les chiffres pour accueillir au mieux un nombre toujours croissant d'enfants. C'est le point qui m'inquiète le plus, mais de nombreuses démarches ont été entreprises pour trouver des fonds, elles finiront bien par payer...
 
Un dernier mot de remerciement pour Hervé qui n'a pas détourné le regard et nous a permis de découvrir ces petites pommes-cannelles...pleines d'avenir...

Thursday, May 11, 2006

Photos.

A gauche : Raju et son meuble de chevet.

A droite : dessins de meubles à main levée.

Les clefs.

La transition se poursuit, je m'efface tout doucement, laissant la place au vieux. Bien sûr son style et ses techniques sont différents de ce que les enfants ont connu avec moi, mais ils s'adapteront.
Nous parlons des jeunes, des projets en cours et futurs, de pédagogie. Il sait que Gille prendra la relêve en août.
Le jeune menuisier qui s'était absenté pendant 3 mois est de retour à la formation. Il suivra les cours pendant 2 mois puis retournera au village, emmenant avec lui son savoir-faire et ses outils.
 
Lors de cette transition, je ressent fortement le lien affectif et de confiance que j'ai créé avec ces ados pendant 8 mois. Mes successeurs devront également bâtir ce type de relation car nous ne sommes pas seulement des enseignants. Nous sommes tout un tas de chose pour ces gamins, des frères, des pères, des modèles, des références, des adultes attentionnés qui s'intéressent à eux, qui les soignent, leur donnent de l'espoir, les reconnaissent, les aiment...
 
Je n'ai plus les clefs de l'atelier. Désormais, le chef d'équipe élu par les jeunes est responsable d'ouvrir et de fermer l'atelier. Ils arrivent parfois le matin et travaillent seuls. Ils se sont totalement aproprié ce lieu, cette formation. J'en suis bien heureux, d'autant plus qu'ils semblent respecter les règles de sécurité.
Vous ais-je dit qu'il n'y a jamais eu aucun vol à l'atelier ? mis à part un marqueur bleu qui a disparu et qui a été remplacé quelques jours plus tard par un marqueur noir... 
 
Un tas de petits événements se passent en ce moment dans la politique népalaise. Je ne m'étendrai pas là dessus, mais ce qui me frappe, c'est que tout d'un coup, les maoistes sont devenus des gens fréquentables, ils s'expriment en public, tiennent des meeting, on peut lire des slogans maoistes à Katmandou. Je crains qu'ils n'avancent tranquillement leurs pions sur l'échiquier.
 
Parfois Raju m'emmène dans un boui-boui manger des choses étranges. C'est plein d'hommes qui boivent des thés à longueur de journée. Alors forcément je suis une bête curieuse, on me questionne, on rit...C'est une ambiance chaleureuse, je ne comprends pas tout ce qui se dit mais j'apprécie...
Vous ais-je déjà raconté que dans certains de ces petits restos, une hirondelle a fait son nid dans un coin du plafond ? c'est incroyable...
 
 
 

Tuesday, May 09, 2006

La transition.

Aujourd'hui, pour la première fois, j'ai confié les menuisiers à leur nouvel enseignant. C'est vraiment formidable d'être tombé sur cet homme, vraiment quelqu'un de bien. Il a beaucoup d'expérience et il a déjà enseigné. Il semble avoir un bon contact avec les jeunes. Ils l'appellent "le vieux" mais ce n'est pas du tout méprisant, au contraire, c'est plutôt respectueux. Les jeunes le connaissent assez bien, il a déjà accueilli des stagiaires, il est souvent venu nous rendre visite, on allait souvent lui poser des questions aussi. A ce qu'il parait, cette première journée s'est très bien passée.
Je lui ai parlé des erreurs majeures à éviter lorsqu'on enseigne à ces enfants, je lui ai présenté les projets en cours, et je suis parti pour le laisser prendre les choses en main à sa manière. Pour la transition, je pense m'effacer de plus en plus en l'aiguillant vers les prochains apprentissages.
Lorsque Gilles arrivera, mi-août, ils seront probablement prêts pour des apprentissages beaucoup plus complexes, pièces courbes, inclinées, gabarits, meubles plus complexes etc...
 
Un jeune menuisier qui avait subitement disparu il y a 3 mois est soudainement revenu. J'ai été très heureux de le retrouver, un gamin adorable...Le problème est qu'il a passé ces 3 derniers mois dans sa famille, au village...alors pourquoi n'y reste t-il pas ? peut-être s'ennuiait-il à la campagne, c'est difficile de connaître la vérité. Hervé doit décider de la conduite à tenir avec lui. Le rôle d'APC est d'accueillir les enfants qui, pour toutes sortes de raisons, sont en rupture avec leur famille, mais surtout pas de les inciter à la quitter...
 
Il a plu aujourd'hui ! mama mia ! mon trajet en vélo s'est transformé en galère. Gilles, un conseil, apportes soit un maillot de bain, soit un imperméable haut et bas...car tu vas arriver en pleine saison des pluies.
 

Friday, May 05, 2006

Une belle surprise.

Nous voici de retour à Katmandou. Nous retrouvons avec plaisir un Népal en paix. Les soldats ont quasiment disparus de la ville. Je crois qu'ils se sont transformés en ces beaux arbres remplis de fleurs bleu lavande qui sèment leurs pétales sur les passants.
Dès mon arrivée, j'ai contacté Hervé qui m'a appris que les menuisiers étaient à l'atelier...je m'y précipite...les sacripants me réservaient une belle surprise...
Lorsque je suis arrivé, ils étaient tous là à faire un grand ménage. Je vois plusieurs tabourets terminés...c'est le mien ! celui là c'est le mien ! David Sir, regardes le mien ! ...tiens...celui-là n'est pas revendiqué...
En fait, en mon absence, sous l'impulsion d'Hervé, ils ont ré-ouvert l'atelier, nommé un chef et débuté une série de tabourets. Je suis ravi de leur dynamisme, de leur production et de leur discipline. Chaque outil est à sa place, personne n'est blessé, le travail est bien avancé...je suis en-chan-té...
Le lendemain nous reprenons nos journées habituelles. Nous travaillons donc sur des tabourets, des chevets et des étagères. Ce matin, j'ai acheté du manguier, beaucoup moins beau que le fruit est bon, mais il a l'avantage d'être bon marché. C'était un énorme bloc de 8' X 12" X 12" , et pas du bois de futaie bien sûr, alors quand on coupe ça...surprise...qu'est ce qu'il y a là dedans ?
Je leur ai fait la démonstration d'une épure de tabourets aux pattes inclinées. J'aimerais qu'ils sachent faire ça avant mon départ. 


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