Monday, September 25, 2006

Une semaine occupée

Les progrès des jeunes et leurs apprentissages

La semaine passée les débutants ont commencé la fabrication manuelle d'un trusquin (outil permettant de tracer le bois avec une pointe en métal dans le but d'exécuter un assemblage). Cet exercice permet de réaliser plusieurs apprentissages: tout d'abord celui du système de mesure, celui de la lecture de plan, celui du traçage à l'équerre, celui du maniement du bédane pour les mortaises et du rabot pour l'ajustement des pièces.

L'apprentissage du système de mesure n'est pas aisé. Même pour moi qui suis maintenant familier avec le système impérial qu'on utilise au Canada, et bien ici c'est un système impérial à la Népalaise. Même si le système officiel ici est le système métrique dans la pratique on travaille avec les pieds et les pouces, et c'est là que ça se complique. Je pense utile de donner une petite explication: dans le système impérial ordinaire le pouce (25,4mm) est divisé en fractions de pouce, soit en seizièmes, soit en trente-deuxièmes suivant le degré de précision requis, le plus courant étant les seizièmes. On a donc par exemple 8/16'' qui donne 1/2'' après simplification de la fraction, 12/16'' qui font 3/4'' etc...Dans le système impérial népalais le pouce est divisé en lignes (8 pour être précis) qui correspondent à 1/8'' dans le système classique et les 1/16'' s'appellent de demi lignes. Ainsi la dimension de 3'' 5/8 se dira 3" et 5 lignes, la dimension 3" 11/16 se dira 3" 5 lignes et une demi ligne....j'espère ne pas vous avoir perdu et que vous me suivez encore? Bon, jusque là ça va? Mais c'est lorsqu'il faut additionner ou soustraire des lignes et des demi lignes qu'on commence à s'amuser. Je préfère même pas imaginer les multiplications ou divisions. Les jeunes calculent ligne par ligne sur la règle graduée et se trompent 2 fois sur trois. Avec le temps ils devraient s'habituer et... moi avec

La lecture de plan est aussi une gymnastique particulière de l'esprit; apprendre à visualiser en 3 dimensions ce qui est dessiné en 2. Il faut savoir aussi que ces jeunes ne savent souvent pas ce que sont 2 droites parallèles, la notion même de parallélisme leur est étrangère, ainsi que la notion de perpendicularité. L'achat d'un niveau à bulle m'a permis de rendre plus concret la compréhension de l'horizontalité et de verticalité. Par contre j'ai eu des résultats inattendus tel ce jeune qui essayait de tracer son trusquin avec le niveau à bulle... tout un défi... Pour les plans, je me limite à ceux à l'échelle 1 car j'imagine que ce serait trop ardu que de réduire les plans à l'échelle 1/4 ou 1/8 et je risquerais d'égarer la compréhension des jeunes.

Le mortaisage manuel (parfois pédestre, comme sur la photo) est lui aussi un nouveau défi mais pour moi cette fois car je ne suis pas habitué à travailler au sol comme eux. Il me faut un étau, un établi..., le confort quoi! Et bien ce sont eux qui m’enseignent comment tenir la pièce avec leurs pieds tandis qu'il la travaille avec leurs mains. J'ai pu voir quelques pansements sur les orteils, mais bof... je me dis que c'est le métier qui rentre...par les pieds. Je souris en pensant à mes collègues canadiens qui lisent ces lignes, car là-bas les chaussures à cap (coquille) d'acier sont obligatoires et on doit même renvoyer chez lui un élève qui les a oubliées. 2 mondes, 2 réalités.

Pour le rabotage, les ateliers traditionnels utilisent davantage le rabot électrique portatif que la dégauchisseuse. Les élèves disposent des 2 possibilités. On peut voir sur la photo la dégauchisseuse et ses tables de bois

On voit que la position de travail n'est pas confortable: l'opérateur est penché au dessus de la machine. Il n'y a pas de protecteur au dessus des couteaux, pas de guide d'équerre pour dresser les chants et il y a le mandrin de la perceuse qui tourne en même temps sans être protégé. J'ai quand même démonté la lame de scie qui se trouvait à gauche de l'opérateur par souci de sécurité. Avec le rabot électrique les risques d'accidents sont moins élevés car les couteaux sont sous la machine. Par contre il est plus difficile de dresser le bois avec cette méthode et surtout de mettre la pièce d'équerre. Une fois réussi, il faut alors tirer la pièce de largeur et d'épaisseur après l'avoir tracée au trusquin... un nouveau défi...que nos élèves avancés réussissent avec plus ou moins de succès

Les événements personnels des jeunes dans l'atelier

Chez les avancés, Shiva a décidé d'arrêter sa formation et de quitter le foyer. Il s'était distingué par ses habiletés avec David, et depuis le déménagement semblait peu motivé et nécessitait des encouragements soutenus, voir des rappels à l'ordre pour reprendre son ouvrage: la fabrication de bancs pour le foyer. Pour donner un intérêt au projet (et aussi de la stabilité aux bancs), j'ai choisi d'incliner les pieds et donc il y avait nécessité de faire une épure. Je lui ai confié la conception du banc et de l'épure en vraie grandeur sur une feuille de contreplaqué. Le défi ne le motivait pas vraiment, je sentais qu'il avait l'esprit ailleurs, à la moindre occasion il allait bricoler sur un petit projet personnel (un petit bateau à aubes qui fonctionnera avec un moteur électrique de récupération et des piles). Je ne suis pas surpris de sa décision d'arrêter, elle est conséquente à son attitude dans le groupe. Il a décidé de retourner vivre dans son village et de travailler pour son oncle qui a un atelier de menuiserie. Il est tenté par un salaire plus conséquent que l'allocation qu'il reçoit à APC. J'espère qu'il est mûr pour passer à autre chose. Souhaitons-lui bon succès.

Un autre départ, mais celui-là chez les débutants. Après 6 mois avec APC Bikash a choisi de repartir dans son village chez son père. Il avait quitté sa maison après le décès de sa mère. Son père s'est remarié et sa nouvelle femme ne s'entendait pas avec Bikash qui est alors parti pour les rues de Kathmandu. Dans son enfance Bikash avait reçu un niveau d'éducation relativement avancé; il s'exprime assez bien en anglais et s'applique beaucoup dans ses apprentissages. Son départ n'est pas un échec car il désire rentrer chez lui, reprendre ses études et ensuite apprendre le métier de menuisier. Il est intelligent et adroit et je pense qu'il a compris que l'éducation était nécessaire à sa réussite

La production

Je commence chacune de mes journées par une petite réunion explicative avec les objectifs à atteindre et parfois par une démonstration sur le nouvel apprentissage

Nous avons terminé la fabrication de tréteaux qui permettent d'avoir des plans de travail supplémentaire dans la cour. A une remarque que l'une d'entre vous m'a faite à propos de l'exiguïté des locaux pour accueillir 10 élèves, je répondrait que nous travaillons surtout dehors, soit dans la cour quand la pluie de la mousson est absente ou quand le soleil n'est pas trop fort. Sinon nous allons sous le préau. J'ai le bonheur de travailler en sandales, souvent le torse nu car il fait environ 35 degrés Celsius. Dans la cour poussent des hibiscus à l'état sauvage ainsi que des oiseaux de paradis. Dans les jardins voisins il a des bananiers et d'autres types d'arbres exotiques dont j'ignore le nom. Et tout à côté de l'atelier dans un jardin à l'abandon pousse du haschich à l'état sauvage (au fait, peut-être que le paradis de mes oiseaux, tel celui des jeunes, est artificiel?)

Nous continuons la fabrication de 2 râteliers à chaussures pour le foyer, le jeune Akash a raté le traçage et donc l'emplacement des mortaises sur ses 8 montants. Il a fallu reboucher toutes les mortaises et en recommencer de nouvelles. Lui et Anil ont bien pris la chose, ils se sont aussitôt attelés à l'ouvrage pour reprendre l'ouvrage. J'ai aimé leur attitude.

Shiva a débité et raboté le bois pour les 4 bancs qu'il fabrique. J'ai du faire un cours à propos des signes d'établissement pour éviter les confusions de traçage. Ne connaissant pas le système Népalais (s'il existe?), j'ai appliqué le système européen.

Raju et Pradeep ont continué sur l'épure et le débitage de leurs 2 portes en arc surbaissé. Le projet est complexe et je dois souvent les aider.

Mes réflexions

Le déménagement dans la maison du quartier Balaju qui est un peu à l'écart de KTM a quelque peu dérangé les jeunes qui avaient leurs habitudes dans le foyer précédent, ils ont perdu leurs repères, leurs amis, leurs habitudes. Ici tout est loin, il n'y a plus de colle aussi facilement accessible, les mauvaises fréquentations sont rares, les alcooliques qui traînent la nuit dans les rues et que certains enfants, en manque de finance, pouvaient facilement détrousser aussi. Il faut environ 1/2 h à pied pour atteindre le coeur de KTM : ils se sentent mis à l'écart et ça joue sur leur intérêt et leurs attitudes.

Je ne pense pas vous avoir précisé que les jeunes recevaient une allocation quand ils participent aux ateliers. Cette allocation s'élève à 800 roupies/mois, soit environ 12 dollars canadiens. Il faut savoir qu'un salaire moyen ici est de 3000 roupies par mois, (mais entendons bien qu'il s'agit de salaire de survie pour des gens qui vivent dans une seule pièce à plusieurs, qui y mangent, y dorment et y font toutes leurs activités). Si un de nos jeunes est absent une journée il perd le montant de 200 roupies. Ils sont donc découragés de s'absenter. Cette somme de 800 roupies ne leur est pas remise mais gardé comme pécule de départ. Ils reçoivent aussi un petit montant d'argent de poche par semaine.

Suite aux différents projets en cours et à la grande demande des jeunes en apprentissage, j'ai choisi de revenir à 2 groupes séparés car j'ai du mal à répondre rapidement à leurs demandes. Tant que les projets en cours étaient similaires (tréteaux), j'arrivais aisément à gérer les apprentissages mais depuis que plusieurs projets sont en cours, je ne suis plus aussi disponible pour les accompagner et leur enseigner. J'ai donc décidé qu'à partir de la semaine prochaine je prendrais le groupe de débutants de 10h à 12h et les avancés de 12h15 à 14 h15.

La Fête de Dasain s'en vient, les congés aussi. Nous serons encore à l'atelier cette semaine, mais la semaine prochaine nous partons en trekking pour une semaine avec des jeunes Indiens d'une organisation similaire et les jeunes d'APC. Nous serons une cinquantaine. J'ai hâte de voir ce que ça va donner dans la montagne. Je vous raconterai ça à mon retour.

Sunday, September 17, 2006

L'atelier et les jeunes menuisiers de Biya

J'ai choisi cette semaine de vous présenter notre lieu de travail et les jeunes de Biya.

Sur la première photo vous avez une vue générale de l'atelier, à droite se trouve le ratelier à bois et à panneaux que nous venons de terminer et qui nous permet d'avoir plus de place pour travailler.

Au centre de l'atelier vous pouvez apercevoir la machine que David, mon prédécesseur, avait fabriquée. C'est une machine toute en bois, avec un arbre qui porte une lame de scie, 3 couteaux de dégauchisseuse et un mandrin. Cet arbre est entraîné par un moteur électrique. Toutes les tables sont en bois (en latté pour être plus précis) : celle de la scie, celles de la dégauchisseuse et celle de la mortaiseuse. Les tables de la dégau sont fixes et toutes les machines fonctionnent en même temps. Lorsque je dégauchis je suis obligé de démonter ma lame de scie pour ne pas me blesser et lorsque j'utilise la scie, sa table recouvre la dégau qui se trouve ainsi protégée. (les menuisiers et ébénistes parmi vous apprécieront).

David avait fabriqué cette machine en se basant sur le type de machines qui se retrouvent dans les ateliers de menuiserie de Kathmandu et avec les moyens et les matériaux disponibles sur place et je lui rends hommage aujourd'hui pour sa réalisation. Cette semaine, j'ai ajusté les tables en bois, pour qu' elles soient parallèles et décalées de 1 mm environ pour avoir une bonne épaisseur de passe. Cette épaisseur de passe est fixe, les tables étant ajustée une bonne fois pour toute. Mais comme les tables sont en bois et que le bâti est en bois, il y a des variations qu'il faut compenser par des vis placées en butée sous la table. Que mes confrères Français et Canadiens aient une pensée pour nous quand ils démarrent une machine moderne bien ajustée. Autre détail croustillant pour mes confrères : avez-vous déjà essayé de faire des tenons à la scie égoïne? Essayez donc ça et vous m'en reparlerez!

Voici mes élèves avancés qui ont débuté leur formation avec David.

Tout d'abord à gauche voici Pradeep, 18 ans qui est très assidu dans son travail, ne relève jamais le nez et est minutieux. Il est aussi un bon coéquipier. Il est prêt à aller faire un stage en entreprise.

Au centre de la photo se trouve Raju, un jeune de 20 ans qui a des talents pour la menuiserie mais qui a tendance a touner les coins un peu rond, il n' a pas la minutie de Pradeep, mais par contre il est très débrouillard. Il aime être remarqué par les autres et aussi par le prof, que ce soit par son travail ou par son comportement. Il a décidé d'interrompre sa formation pour se lancer en affaire... Il veut vendre de la volaille pendant les fêtes de Dashain ( fête religieuse qui dure près de 2 semaines et pendant laquelle on sacrifie beaucoup d'animaux. A nos yeux d'occidentaux, ça ressemble davantage à un massacre), il demande de l'aide financière pour acheter ses premières volailles. Il remboursera après ses ventes. Même si nous pensons qu'il prend des risques et qu'après avoir vendu ses poules ou ses canards il peut se retrouver sans ressources, à 20 ans Raju désire sortir du foyer où il est en contact avec des plus jeunes que lui. Il aspire à avoir sa chambre, et son indépendance. C'est bien sûr le but d'APC que de prendre soin des jeunes de la rue, mais pas de les garder et de les couver éternellement. Donc Raju et un autre jeune mécanicien vont avoir une chambre, à l'extérieur du foyer, mise à leur disposition pour une période d'essai de 2 mois, période pendant laquelle ils auront à cuisiner eux-mêmes, à travailler et à organiser leurs finances eux-mêmes. Quel que soit le résultat, il est bon que les jeunes aient le désir de vivre leur propres expériences. APC saura les acceuillir pour faire le bilan de leur expérience. Donc je vais perdre mon élève Raju, malgré ses qualités en menuiserie, il sera très bien dans le commerce, il a le bagout nécessaire pour cela. Nous aurons l'occasion de suivre son cheminement.

En dessous de Raju se trouve Akash qui a 16 ans. Akash a un sourire qui me fait fondre; je ne sais rien lui refuser. Il a toujours un regard malicieux et on se demande toujours quel bon tour il va jouer. Il se débrouille bien en menuiserie mais demande des encouragements fréquents. Il a tendance à perdre de l'intérêt quand la difficulté est trop grande. Quand je lui donne des travaux, je m'organise pour ne pas lui donner tous les éléments de la réponse pour l'habituer à trouver des solutions par lui même et ainsi développer son autonomie. Quand je lui demande s'il a bien compris les consignes et les explications : il répond toujours oui..., ils répondent tous toujours oui, qu'ils aient compris ou pas, ils ne veulent pas décevoir le prof. Alors je dois user de ruses pour aller vérifier qu'ils ont réellement compris. Un détail culturel me pose un problème d'alleurs: ici pour faire le signe oui de la tête, les gens bougent la tête de gauche à droite, comme pour dire non chez nous, ça me laisse souvent confus. Donc, Akash essaye de résoudre les problèmes que je lui donne et dès que ça devient un peu difficile, je le vois tourner en rond, aller voir se que font ses voisins, faire le touriste comme on dit dans le centre de formation professionnel où j'enseigne à Montréal, il faut que j'aille le voir et lui donner quelques éléments pour le redémarrer pour quelques temps.

A droite sur la photo se trouve Anil, un jeune de 16 ans, Anil est un jeune discret, minutieux, mais par contre un peu lent. Comme il est discret, j'ai tendance à l'oublier et de ne pas aller le voir. C'est toujours la roue qui grince qui reçoit l'huile, et bien lui il ne grince pas du tout, pas assez dirais-je. Il va falloir que je sois plus présent à lui pour l'amener à se dépasser et à ne pas se cantonner dans du connu. Le dernier en arrière sur la photo, se nomme Shiva. Il a 18 ans. Shiva est un gentil garçon mais un peu nonchalant, il veut des projets un peu difficile mais a tendance a perdre de l'intérêt si je ne lui tiens pas la main, il devient paresseux, contourne le problème, joue au touriste dans l'atelier. Comme Akash, je dois lui donner des encouragements pour continuer. Shivah a encore besoin de formation avant de partir en stage.

Mes nouveaux élèves maintenant:

A droite, nous trouvons Bikash, un jeune de 15 ans. Il vient de débuter et se débrouille très bien. Il a une bonne attitude dans le travail; dès qu'il a terminé son ouvrage il cherche à aider les équipiers qui n'ont pas terminé. Il apprend vite, je suis surpris de la façon dont il a compris rapidement l'affûtage des outils. Je sens qu'il a le désir d'apprendre et c'est très encourageant pour moi.

A côté de lui se trouve Vishnu, qui a 15 ans je crois. Il est très timide et j'ai du mal à établir un contact avec lui. Il ne me regarde jamais dans les yeux et je dois user de toutes sortes de stratégies pour le rejoindre. J'ai l'impression qu'il se méfie des adultes, il se réfugie souvent avec un autre jeune débutant (Lalu) avec qui il se sent rassuré. Vishnu est en période d'essai en menuiserie, il est aussi tenté par la mécanique. Nous ferons un bilan à la fin du mois. A droite de Vishnu se trouve Binod, 15 ans, un jeune qui se débrouille déjà bien, il sait mesurer et observe bien ce que les élèves avancés font. Il sourit souvent et semble prendre interêt à la formation: c'est agréable de lui enseigner.

Tout à gauche se trouve Lalu, environ 15 ans aussi, Lalu est assez timide et refermé sur lui-même, sauf lorsqu'il se tient avec Vishnu. La semaine passé, j'ai pris du temps que pour lui, pour lui apprendre à scier droit à la main. Le fait que je prenne du temps personnel pour lui à changé son attitude dans sa formation il se sent plus considéré et il est plus réceptif à l'apprentissage.

Le dernier en haut, Sunil, 15 ans, est le dernier arrivé dans la formation. Il était en mécanique mais a désiré venir essayé en menuiserie. Il s'intègre dans l'équipe semble avoir un peu de difficulté de concentration, il aime faire des expériences parfois dangereuses ou parfois dommageables au matériel. Il plairait sûrement à mon collègue Montréalais Christian Lemonde qui répètent souvent à ses élèves: " Vous êtes ici pour prendre de l'expérience et non pour en faire". Donc Sunil fait sa période d'essai et je vais suivre ses apprentissages de prêt.

Il est important de comprendre que ces jeunes travaillent beaucoup à l'affectif; ils travaillent plus pour faire plaisir à l'enseignant que pour apprendre le métier en tant que tel. Le commentaire que je faisais à propos de Lalu est pertinent: du moment que je lui ai donné une attention particulière, il s'est appliqué davantage à son travail et Hervé Lafoux le responsable d'APC ici à Kathmandu me confirmait que c'est comme ça avec tous les enfants; ils sont à la recherche de contacts privilégiés, ils sont à la recherche de reconnaissance et sont prêts à faire ls efforts de l'apprentissage pour l'obtenir. Ces jeunes apprennent pour me faire plaisir et avoir de la reconnaissance de ma part. C'est surprenant! J'ai eu l'occasion d'utiliser la méthode du renforcèment positif que nous utilisons beaucoup au Canada auprès de nos élèves et j'ai vu des visages s'èclairer de bonheur: tout d'abord ils n'étaient pas sûr que ça leur était destiné et ensuite quand il l'ont compris ils en étaient tout génés, génés mais heureux et fiers d'avoir réussi quelque chose. Ces visages là sont la récompense des enseignants.

Il est aussi important de comprendre que pour ces jeunes, la rue n'est jamais bien loin et que le moindre problème personnel peut les y ramener. Ils viennent à l'atelier de leur plein gré et il est important d'avoir avec eux une attitude constructive, de ne pas les diminuer devant les autres, de ne pas crier après. Sinon, le haschish ( qui pousse partout ici) , la colle néoprène, l'alcool sont des refuges fréquents contre le sentiment d'impuissance sur leurs vies.

Wednesday, September 06, 2006

Reprise des cours de menuiserie

Eh bien m'y voilà, David m'en avait tant parlé que j'avais hâte d' y être. Je suis arrivé à Katmandou le 20 septembre dernier après un voyage de 30 heures, sans mes bagages, sous une pluie de mousson, en pleine grève de transport... le seul moyen de transport restait le rickshaw (genre de tricycle avec 2 places pour passagers recouvert d'une capote) et qui m'a descendu de l'aéroport au milieu des manifestants et des pneus qui brûlaient au milieu de la rue, pour m'abandonner au quart du trajet et en m'affirmant que j'étais arrivé....Personne ne comprenait ce que je voulais, je me demandais dans quelle galère je venais de me fourrer....Heureusement j'ai pu trouver un téléphone et appeler Hervé Lafoux pour qu'il vienne à ma rencontre. Ce qui fut fait dans l'heure qui suivait, Hervé arriva avec 2 bicyclettes afin de me conduire à mon appartement au travers des restes de manifs.

Après quelques temps nécessaires à mon installation, adaptation et infection intestinale me voici en affaire...

J'ai l'objectif de continuer le travail entamé en septembre 2005 par mon collègue et ami David Sorin. Je vais travailler pour Biya pendant une période de 4 mois et après cela reprendre mon chemin vers Montréal où j'enseigne l'ébénisterie depuis 12 années. J'ai la chance de pouvoir prendre un congé sabbatique et de retrouver mon emploi à mon retour.

Avec la visite de l'atelier, j'ai pris conscience de la nécessité d'une vérification générale, le désordre y règne, les machines électroportatives sont hors d'usage, la machine combinée qu'avait fabriquée David a besoin d'entretien; il va me falloir les réparer une à une. Cela a l'air simple vu avec nos regards occidentaux, si une pièce est brisée il suffit d'en commander une de rechange... et bien non, ça ne marche pas ainsi au Népal; même si on peut trouver des machines électroportatives neuves (principalement en provenance de Chine et d'Inde et de qualité médiocre) mais dès qu'il s'agit de pièces, c'est impossible à trouver ou à commander. Il faut faire fabriquer sur place, donc rechercher un machiniste et donner les dimensions spécifiques tout en sachant que les mm et les pouces se mélangent en tout tranquillité pour leur plus grand plaisir.

La pédagogie la plus appréciée ici est celle de la démonstration. Les jeunes apprennent plus en voyant que par des explications abstraites. J'ai choisi de jumeler apprentissages et aménagement de l'atelier. Nous avons déjà réalisé la construction d'un râtelier à bois pour optimiser l'espace disponible (la taille d'un garage pour une voiture) et donner un sens d'organisation. Nous fabriquons également des chevalets (tréteaux en France) pour une table de ping-pong. David avait fabriqué des tables à dessin qu'il va falloir réparer car leur surface est endommagée. De plus des râteliers à outils sont nécessaires pour les nouveaux élèves. Par la suite, nous allons fabriquer des meubles pour aménager le nouveau foyer de Biya où résident maintenant une vingtaine de jeunes; Nous fabriquerons ainsi des tabourets, un support à chaussures pour l'entrée, des portes de placards et aussi une armoire à 6 portes pour les effets personnels des jeunes dans leur chambre. Si cette armoire est un succès, nous pourrons renouveler l'expérience pour chaque chambre du foyer.

Au départ j'avais séparé les 11 élèves en 2 groupes: d'une part les avancés dont David avait commencé la formation et d'autre part les débutants. Je donnais 2 heures le matin au premier groupe et 2 heures l'après midi pour le deuxième. Je me suis vite aperçu que je manquais de temps pour la préparation des cours et pour faire les achats et les réparations. J'ai donc changé de méthodes: je prends tous les jeunes en même temps débutants et avancés, pendant 3 heures de 10 h à 13h15 avec 15 mn de pause. J'ai divisé les élèves en 5 équipes avec un ancien et 1 ou 2 nouveaux. Ainsi l'ancien parraine le nouveau, il s'en trouve valorisé et le nouveau se sent épaulé. Je peux ainsi circuler de groupe en groupe et donner les conseils pour l'amélioration. Je me garde aussi des moments pour enseigner les bases aux débutants. Je pense que c'est une formule gagnante. J'ai eu cette semaine un peu de difficulté à faire respecter la ponctualité à l'heure de la pause. La ponctualité ne semble pas être dans la culture népalaise, les choses se font quand elles se font...J'ai choisi de rendre les jeunes responsables de leur temps de pause, s'ils ne le gèrent pas, la pause sera supprimée; Nous verrons les résultats...