Sunday, November 26, 2006

Des départs et des arrivées

Pour commencer, je vous envoie cette image-cadeau d'une réalité de Kathmandu: Le "Vélo-fruit".

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Plusieurs changements sont intervenus depuis le retour du trek. Tandis que je résumais le déroulement du trek sur le blog, bien des événements se déroulaient ici.

Tout d'abord, nos 5 élèves avancés ont tous arrêtés leur formation. Shiva, le premier à nous quitter, avait prévu d'aller travaillé chez son oncle qui est menuisier, il a pu revoir aussi son père et tout semble bien se dérouler, ça fait bientôt un mois qu'il nous a quitté et aux dernières nouvelles il travaille toujours et tout se déroule correctement.

Le deuxième à partir, Anil, nous a quitté sans prévenir en pleine nuit, il y a 3 semaines, suite à certaines vexations paraît-il.

Ensuite, nous avons trouvé un lieu de stage pour Raju et Pradeep qui exprimaient depuis un certain temps un besoin d'autonomie et qui n'avaient plus d'intérêt marqué pour les apprentissages. Vous voyez ci-dessous le patron et sa femme,

l'extérieur modeste de l'atelier

et aussi l'intérieur.

Vous pouvez aussi voir que tous les moyens sont bons pour livrer du bois et que c'est étonnant ce qu'on peut mettre sur un vélo, mais n'esayez pas de pédaler.

J'ai aussi photographié un détail d'assemblage pratiqué ici, pour les menuisiers parmi vous.

Ce stage s'effectue chez le même employeur et ça n'est pas sans poser quelques problèmes comme vous allez le voir.

L'employeur s'est engagé à les employer après 6 mois d'apprentissage chez lui. Ça peut paraître long, mais souvenons nous de l'époque pas si lointaine où, en France notamment, les parents devaient payer un maître d'apprentissage pour que leur enfant apprenne un métier. Cette pratique a fort heureusement été remplacée, chez nous, par les centres de formation professionnelle, les contrats d'apprentissage ou encore l'alternance études-travail, mais ici, c'est différent. Nos stagiaires continuent néanmoins de recevoir une allocation par l'association APC durant leur période de stage.

La première semaine s'est bien déroulée, l'employeur manifestant même de la satisfaction quant à leur savoir-faire et leur comportement.

La deuxième semaine j'ai eu la surprise de rencontrer Raju et Pradeep en arrivant à l'atelier de Biya le lundi matin. Quand je leur demandais pourquoi ils n'étaient pas à l'entreprise, ils me répondirent que j'avais dit que le stage ne durait qu'une semaine et que c'était fini! Je ne sais pas où ils sont allés chercher cette excuse, et après avoir remis les pendules à l'heure ils reprirent le chemin de l'entreprise. Un autre matin Pradeep, ayant "sniffé" de la colle qu'il avait acheté avec l'argent de son bus, n'était pas en état de prendre le chemin de l'atelier et un autre matin encore Raju se déclarant malade et incapable d'aller au travail, Pradeep déclarait qu'il ne voulait pas y aller seul et restait la journée au foyer.

Il leur est difficile, malgré leur désir de s'affranchir du foyer, de réellement trouver le rythme d'une vie structurée, il semble que la tentation de la transgression soit toujours là et qu'à la moindre occasion ça dérape. Ils souhaitent avoir une vie autonome, un appartement, un salaire, mais les conditions pour les obtenir sont exigeantes et les vieux démons ne sont pas longs à ressurgir à la moindre difficulté ou à la moindre tentation. C'est un moment où ils sont extrêmement fragiles et insécures et retombent facilement dans les vieux schémas de décrochage . Ils ne se sentent plus à leur place au foyer mais ne se sentent pas vraiment prêt à vivre seul; le cas de Pradeep est vraiment révélateur. Je dois m'avouer bien démuni devant de tels comportements. Je pense qu'ils ont surtout besoin d'être accompagné dans leurs peurs et d'être encouragé.

Cette semaine, après que nous ayons discuté avec eux et l'employeur sur les enjeux du stage, ils ont repris le chemin de l'atelier accompagné par Akash qui n'avait tout d'abord pas voulu aller en stage car il ne se sentait pas prêt jusqu'alors. Il est vrai qu'il a de grandes difficultés avec les mesures et qu'il fait parfois des bourdes surprenantes, mais il est capable de faire des taches simples en petite série. Il a décidé de suivre ses collègues car je pense que le fait de se retrouver avec les débutants plus jeunes que lui et de ne pas suivre ses amis le vexait. Donc Raju, Pradeep et Akash sont dans la même entreprise. Raju a exprimé qu'il préférerait être seul dans une entreprise dans le futur et de ne pas avoir la responsabilité des absences de ses collègues. Je trouve que c'est une parole d'affranchissement de sa part mais je ne sais pas si Pradeep et encore moins Akash seront capables d'en faire autant. Nous allons les accompagner le mieux possible. Ils ont la chance qu'il y ait une grande demande de main d'oeuvre en menuiserie et que le patron soit flexible.

Donc, Shiva et Anil ont quitté le foyer, et Raju, Pradeep et Akash ont quitté l'atelier et sont en cheminement pour quitter aussi le foyer à un moment donné si le stage se déroule bien.

Chez les débutants nous avons un nouveau venu Bikram, que vous voyez à gauche sur la photo en compagnie de Sunill. Donc le nombre de mes élèves est de 4, en plus des 2 sus nommés il reste Binod et Lalu. Vishnu qui était avec nous jusqu'alors a préféré aller en mécanique.

Donc comme vous pouvez en juger, bien des changements sont intervenus durant cette période.

Par ailleurs, depuis un mois maintenant, j'ai eu le plaisir d'acceuillir Manu, un jeune Français de 18 ans qui est bénévole dans un orphelinat et qui a du temps libre durant la journée car les orphelins sont à l'école. Lors d'une rencontre à l'Alliance Française Manu s'est offert spontanément à m'aider et il me donne un sérieux coup de main avec les jeunes, même si ses connaissances sont limitées en menuiserie, il apprend vite et sait accompagner les jeunes dans leurs progrès. Sa disponibilité s'achève cette semaine et je l'aurais bien gardé un peu plus avec moi. Merci Manu pour ton aide.

Un autre jeune Français s'est joint à Biya, Bertrand, qui est là pour 1 an et qui a pour mission de développer les activités sportives au sein de Biya. Bertrand est dynamique, il parle bien le Népali, il a terminé ses études en sciences de l'éducation et il est à la veille d'entamer un cours en éducation spécialisé. Avant de le commencer il a souhaité vivre de près son futur métier et a décidé de vivre l'expérience du volontariat. Les enfants l'ont surnommé Badel, qui veut dire nuage en Népali car il était très "Blanc" quand il est arrivé de Paris. Très vite il a su prendre sa place, il a pris la responsabilité de peindre les limites d'un terrain de badminton/volley dans la cour et d'installer les poteaux et filet. Le succès fut immédiat, les jeunes étaient impatients de participer au jeu. Ils ne réclament pas la télévision, c'est encourageant...

Autre changement dans le foyer, les cours de mécanique ont commencé. Buhwan, un jeune Népalais en est le responsable.Ne dirait-on pas une rock-star?

Il a tout d'abord construit un abri en contreplaqué sous le préau pour abriter ses outils. Les jeunes apprentis menuisiers y ont participé en fabriquant les portes. les cours ont pu commencer il y a 3 semaines et Buhwan a beaucoup de connaissances pratiques, ses 8 jeunes l'écoutent avec attention.

Donc depuis maintenant 3 semaines la cour est bien occupée entre les cours de mécanique et la menuiserie, et c'est encourageant de voir que tous les jeunes sont en action.

La production et les apprentissages ont eux aussi changé, ayant perdu mes élèves avancés, il me faut terminer les projets qu'ils avaient entamé. Le "rack" à chaussures est opérationnel, les portes cintrées sont en phase d'achèvement. Par contre, j'ai du annuler le contrat de fabrication de matériel didactique pour des écoles, faute de main d'oeuvre. Et quant au projet de béquilles, je ne sais pas où l'insérer.

Donc la vie de l'atelier s'est réorientée vers les débutants qui terminent 4 petits bancs à 2 places, assemblés à tenons, mortaises et chevillés.

Ces bancs qui étaient tout d'abord destinés au foyer seront en fait utilisés par la future école interne de Biya. Ce qui fait que notre prochain projet est la fabrication de 4 tables pour accompagner nos bancs. Cette école aura pour but de s'adapter aux besoins précis des jeunes , ce que les écoles publiques ne sont pas toujours en mesure de faire.

D'autre part, nous avons aussi mis en fabrication un nouveau type d'établi en 4 exemplaires. Je me suis aperçu que les jeunes aimaient travailler sur une planche lourde et épaisse de 2 pouces, longue de 60 et large de 12, posée sur des pieds de tabourets à environ 18 pouces du sol. Cet établi leur sert pour s'asseoir sur la pièce qu'ils travaillent et donc à la tenir, il sert à raboter les morceaux avec les rabots électrique ou à main, à faire les mortaises, à poncer etc. N'en ayant qu'un seul pour l'instant, je m'apercevais que les jeunes le convoitaient pour travailler. Donc, pour éviter des querelles et surtout pour améliorer les conditions de travail et la qualité, j'ai décidé d'en fabriquer 4. C'est un nouveau type d'établi qu'on pourrait appeler: "établi-banc". Mon successeur pourra ainsi pratiquer le métier dans de bonnes conditions. Successeur que je ne connais pas, nous espérons trouver un Népalais que je pourrais accompagner avant mon départ, mais il n'est pas encore trouvé. A suivre...