Monday, December 18, 2006

La continuation du projet et la realite des ateliers

La photo du jour: C'est une amie que je me suis faite sur le trajet entre mon appartement et l'atelier...elle est "cute" non? Blague a part voici les dernieres nouvelles
  1. Les jeunes en stage.

C'est avec plaisir que je vous annonce que nos 3 jeunes: Raju, Pradeep et Akash sont toujours en stage, qu'ils continuent d'y aller régulièrement, il y a encore quelques dérapages pas toujours de leur responsabilité comme par exemple le retard de la préparation du repas (Dalhbat) du matin par la "Dee-Dee", cuisinière qui arrive régulièrement en retard et nuit au démarrage des activités. Une petite ombre au tableau, notre jeune Raju s'est blessé en entreprise, il s'est coincé un doigt dans une courroie de transmission, il a plusieurs points de suture et se trouve en convalescence au foyer pendant une semaine. A l'heure où vous lirez ces lignes il aura repris l'ouvrage. Pradeep et Akash continuent d'y aller, Akash a de grosses difficultés, il ne semble pas comprendre ce qu'on lui demande. Le patron est compréhensif et essaye de lui donner des taches en fonction de ses capacités, il a de la générosité pour ces jeunes, il veut leur donner une chance. C'est un partenaire précieux pour le présent et le futur.

  1. Les réalisations dans notre atelier

Ainsi que vous le verrez en photo, nous avons terminé la fabrication de nos 4 établi-bancs. Chaque jeune a complété le sien et est très satisfait du résultat. Ils réalisent combien il est plus facile de maintenir leurs pièces tandis qu'ils les travaillent. Ils peuvent ainsi plus facilement raboter les pièces au rabot électrique; nous nous sommes d'ailleurs équipés d'un deuxième rabot électrique pour mieux avancer et pour avoir un rabot de secours en cas de panne, ce qui est fréquent. Grace à cet établi, ils peuvent aussi mieux couper leurs pièces, mieux mortaiser, tenonner, mieux ajuster. La qualité du travail s'en ressent et leur confiance en eux ne s'en trouve que grandit. Ce projet est gagnant sur toute la ligne.

Comme je l'avais précédemment écrit, nous avons commencé le projet d'école interne. Les cours ont lieu de 9h30 à 11h00, (à condition que le repas soit terminé à temps). Les cours se donnent sur le sol de la grande salle en attendant que les apprentis- menuisiers aient complété les tables de travail. Ces tables sont déjà bien avancées et ce sera mon dernier projet avec les jeunes avant mon départ.

Les cours de menuiserie se donnent maintenant de 11h à 15h

Une anecdote sur la vie de l'atelier: nous essayons d'encourager les jeunes à la ponctualité. En écrivant ces mots je m'aperçois que c'est le contraire: nous les décourageons d'être en retard c'est à dire que leur argent de poche de 25rs se trouve annulé par un retard. C'est donc une mesure punitive et non d'encouragement...Faudra qu'on y repense... Donc la semaine passée, Binod et Bikram, déjà en retard le jour précédent et donc déjà privés de leur argent de poche, décident de réitérer le retard qui n'aurait pas de conséquences supplémentaires selon eux.

Je m'interrogeais sur la façon de réagir et étais tenté par une approche paradoxale: ils désirent du temps libre supplémentaire, j'ai décidé de leur en donner pour le reste de l'après midi. Ils arrivèrent à la porte et je leur refusais l'entrée à l'atelier. D'abord surpris, ils crurent à une blague de ma part et essayèrent de rentrer de nouveau. Devant mon refus, ils prirent conscience d'être exclus d'une activité qu'ils aiment, d'être avec leurs copains qui eux continuaient leurs travaux. Au lieu de prendre ce temps qui leur était donné pour aller se promener, ils restèrent à la porte exprimant leur désir de réintégrer le cours. J'ai mesuré ainsi leur intérêt pour le travail, ils ont repris le travail le lendemain et je n'ai aucun retard à signaler depuis. L'exclusion a été plus ressentie que la privation d'argent de poche et ils perçoivent le travail d'atelier comme étant sérieux et non un passe-temps. Je mesure que mon approche était risquée car ils auraient pu en profiter pour s'en aller se promener, mais j'ai obtenu l'effet inverse; un plus grand intérêt pour le cours.

  1. La réalité du milieu de travail

J'ai choisi de vous envoyer quelques clichés de la réalité des ateliers que j'ai visité et des observations faites.

Tout d'abord notre marchand de bois où entre quelques poules on trouve du bois, les jeunes nous ont accompagné pour qu'ils voient la façon dont le bois était vendu.

Vous pouvez remarquer que l'ordre n'est pas une préoccupation dans les ateliers, la plupart des ouvriers travaillent à même le sol.

J'ai choisi une photo qui montre la fabrication de tenon à la scie circulaire, à la volée. (A éviter aux coeurs sensibles)

Je ne résiste pas au plaisir de vous montrer cette scie à onglets d'un genre spécial, elle est située dans un magasin qui fabrique des cadres. La lame de scie est complétement apparente, aucune protection, elle est entraînée par un moteur , et le tout est posé sur un gros ressort qui permet à la lame de remonter, ça fonctionne mais ça décoiffe....

Vous voyez ici un ouvrier travaillant au tour à bois et tournant des balustres d'escalier. Chaque balustre est fait individuellement, pas de gabarit de copiage.

J'ai choisi aussi de vous montrer un assemblage particulier; un enfourchement à queue d'aronde pour un bâti de porte ou de fenêtre. C'est un asssemblage qui n'est pas utilisé en occident, peut-être parce que nous avons la colle et aussi les bois sufisamment secs. Ici le bois que j'achète et très humide, quand on le rabote, on voit l'eau suinter du bois, alors imaginez ce que la colle peut faire dans du bois humide, le collage ne prend pas car l'eau est un diluant de la colle vinylique. De plus en séchant les ouvrages se déforment. Le type d'assemblage observé doit permettre au bois de serétracter tout en affaiblissant pas la solidité.

  1. La continuité du projet

Depuis 3 semaines, chaque matin pendant 1 h, j'entraîne Boudha, le traducteur et aussi personnel de Biya, qui m'a accompagné depuis 3 mois dans le travail d'atelier. Il s'est découvert un intérêt pour le travail du bois et il désire poursuivre le travail avec les jeunes. Il n'a bien sûr pas l'expérience ni les compétences requises mais il a de l'intérêt. Son travail devrait permettre de garder l'atelier opérationnel en attendant de trouver un nouveau prof.

J'ai choisi d'entraîner Boudha à la fabrication de bancs semblables à ceux que nous avions déjà fabriqués et qui serviront pour la petite école. L'association en a besoin et les jeunes en ont déjà fabriqués, ce qui leur donnera l'occasion de renforcer leurs apprentissages. En donnant à chaque jeune la responsabilité de fabriquer un banc, il se dégage une saine compétition entre eux, ils ont le goût d'être aussi bon que les autres et Sunill est celui qui se démarque le plus.

J'ai dessiné les plans (épures) en vraie grandeur sur une feuille de contre plaqué et l'ai repassé à l'encre pour qu'il soit indélébile et qu'il puisse resservir.

Boudha a des difficultés, il a besoin d'être encadré. En équipe nous avons décidé de chercher un enseignant pour 2h/jour et que Boudha continuerait les 2 heures restantes avec les jeunes complétant ainsi les apprentissages développés.